L’universite roumaine est devenue une usine a chomeurs. Faute de revoir des filieres et des programmes figes depuis l’ere communiste, elle forme des diplomes qui restent sur le carreau, denonce Adevarul.
Avec la transition de l’economie roumaine du socialisme au capitalisme, metallurgie, siderurgie et petrochimie ont tour a tour disparu. Les effectifs salaries dans ces secteurs ont subi des coupes repetees, mais les facultes ont pourtant continue a produire a la chaine des diplomes. Ce sont ainsi 350 jeunes qui sont entres en 2009, sur simple dossier d’admission, a la faculte de metallurgie de Bucarest, rebaptisee faculte des sciences et du genie des metaux.
Lorsque Narcisa Mina et son amie se sont inscrites a la fac voici plusieurs annees, les grands complexes ALRO et Mitall Galati [conglomerats siderurgiques] embauchaient encore. Entre-temps, ALRO a procede a des degraissages dans son personnel, et Galati ne propose plus de postes non plus. Sur le site de recrutement MyJob, la metallurgie n’existe meme plus en tant que critere de recherche. Les seules demandes d’ingenieurs metallurgistes emanent de l’etranger (Canada et Australie), et encore sont-elles rares.
Une situation tout aussi preoccupante predomine a la faculte de droit, qui delivre chaque annee des milliers de diplomes. Une faculte certes utile, mais dont les debouches, sur un marche du travail sature, sont problematiques. Les etablissements publics d’enseignement du droit ont admis en 2009 plus de 9 000 etudiants, auxquels s’ajoutent ceux de 22 facultes privees. Mais les diplomes de ces dernieres annees n’ont pu deposer leur candidature que pour 720 places d’avocats stagiaires, 136 postes de notaires debutants et 130 places au concours de la magistrature. Iuliana Badea, une experte en recrutement, constate que la plupart des diplomes en droit s’orientent desormais vers le marketing et la vente… L’emploi n’est guere plus au rendez-vous dans d’autres domaines. Ainsi, malgre les problemes environnementaux que connait la Roumanie, le metier de “specialiste de l’environnement” n’offre pas de debouches sur le marche. Et pourtant, les facultes continuent de former chaque annee des milliers d’ingenieurs des eaux et forets, sous le pretexte que l’ecologie represente l’avenir. C’est ainsi que les memes offres de formation se retrouvent dans les programmes de tous les etablissements d’enseignement superieur du pays. Il en va de meme pour le cursus d’agronomie : bien que l’agriculture en Roumanie soit geree tres approximativement et que des specialistes s’averent plus que necessaires, les jeunes diplomes ne trouvent pas de travail. Les fermes d’elevage industriel n’existent plus, et dans la sylviculture, on licencie. La seule specialite qui offre des debouches est celle de “paysagiste”. Malheureusement, bien qu’ils n’offrent pratiquement aucune perspective d’emploi aux etudiants, les enseignants s’accrochent a leurs chaires. Anca Opris, de la Societe academique roumaine, confie que le nombre de places proposees par les universites est etabli selon des criteres pour le moins particuliers. “Elles s’efforcent d’attirer le plus grand nombre d’etudiants afin de preserver l’emploi des professeurs. Elles vont meme jusqu’a abaisser les standards academiques, de peur que les etudiants n’aillent voir ailleurs”, explique-t-elle.
L’absence d’un plan economique de developpement a long terme complique encore davantage la situation. L’ancien ministre de l’Education, le professeur Mircea Miclea, aujourd’hui chef de la Commission presidentielle pour l’education, assure avoir essaye de faire des previsions a long terme sur l’evolution industrielle pour orienter les universites. Mais “les investisseurs n’ont pas ete capables de me donner des perspectives sur plus de deux a trois ans au maximum”, plaide-t-il. Sous le regime communiste, rappelle M. Miclea, les autorites etaient obligees d’elaborer une strategie de developpement economique et social sur dix a vingt ans, indiquant si la Roumanie devait parier sur l’informatique, sur l’agriculture, sur le tourisme ou sur d’autres secteurs porteurs d’emploi. Aujourd’hui, un tel schema aiderait grandement les jeunes a choisir leur filiere. “Les universites en sont arrivees a vendre des illusions au lieu de metiers”, deplore-t-il.

Read the article on Courrier International

ROUMANIE • Un bout de papier qui ne vaut plus rien

L’universite roumaine est devenue une usine a chomeurs. Faute de revoir des filieres et des programmes figes depuis l’ere communiste, elle forme des diplomes qui restent sur le carreau, denonce Adevarul.
Avec la transition de l’economie roumaine du socialisme au capitalisme, metallurgie, siderurgie et petrochimie ont tour a tour disparu. Les effectifs salaries dans ces secteurs ont subi des coupes repetees, mais les facultes ont pourtant continue a produire a la chaine des diplomes. Ce sont ainsi 350 jeunes qui sont entres en 2009, sur simple dossier d’admission, a la faculte de metallurgie de Bucarest, rebaptisee faculte des sciences et du genie des metaux.
Lorsque Narcisa Mina et son amie se sont inscrites a la fac voici plusieurs annees, les grands complexes ALRO et Mitall Galati [conglomerats siderurgiques] embauchaient encore. Entre-temps, ALRO a procede a des degraissages dans son personnel, et Galati ne propose plus de postes non plus. Sur le site de recrutement MyJob, la metallurgie n’existe meme plus en tant que critere de recherche. Les seules demandes d’ingenieurs metallurgistes emanent de l’etranger (Canada et Australie), et encore sont-elles rares.
Une situation tout aussi preoccupante predomine a la faculte de droit, qui delivre chaque annee des milliers de diplomes. Une faculte certes utile, mais dont les debouches, sur un marche du travail sature, sont problematiques. Les etablissements publics d’enseignement du droit ont admis en 2009 plus de 9 000 etudiants, auxquels s’ajoutent ceux de 22 facultes privees. Mais les diplomes de ces dernieres annees n’ont pu deposer leur candidature que pour 720 places d’avocats stagiaires, 136 postes de notaires debutants et 130 places au concours de la magistrature. Iuliana Badea, une experte en recrutement, constate que la plupart des diplomes en droit s’orientent desormais vers le marketing et la vente… L’emploi n’est guere plus au rendez-vous dans d’autres domaines. Ainsi, malgre les problemes environnementaux que connait la Roumanie, le metier de “specialiste de l’environnement” n’offre pas de debouches sur le marche. Et pourtant, les facultes continuent de former chaque annee des milliers d’ingenieurs des eaux et forets, sous le pretexte que l’ecologie represente l’avenir. C’est ainsi que les memes offres de formation se retrouvent dans les programmes de tous les etablissements d’enseignement superieur du pays. Il en va de meme pour le cursus d’agronomie : bien que l’agriculture en Roumanie soit geree tres approximativement et que des specialistes s’averent plus que necessaires, les jeunes diplomes ne trouvent pas de travail. Les fermes d’elevage industriel n’existent plus, et dans la sylviculture, on licencie. La seule specialite qui offre des debouches est celle de “paysagiste”. Malheureusement, bien qu’ils n’offrent pratiquement aucune perspective d’emploi aux etudiants, les enseignants s’accrochent a leurs chaires. Anca Opris, de la Societe academique roumaine, confie que le nombre de places proposees par les universites est etabli selon des criteres pour le moins particuliers. “Elles s’efforcent d’attirer le plus grand nombre d’etudiants afin de preserver l’emploi des professeurs. Elles vont meme jusqu’a abaisser les standards academiques, de peur que les etudiants n’aillent voir ailleurs”, explique-t-elle.
L’absence d’un plan economique de developpement a long terme complique encore davantage la situation. L’ancien ministre de l’Education, le professeur Mircea Miclea, aujourd’hui chef de la Commission presidentielle pour l’education, assure avoir essaye de faire des previsions a long terme sur l’evolution industrielle pour orienter les universites. Mais “les investisseurs n’ont pas ete capables de me donner des perspectives sur plus de deux a trois ans au maximum”, plaide-t-il. Sous le regime communiste, rappelle M. Miclea, les autorites etaient obligees d’elaborer une strategie de developpement economique et social sur dix a vingt ans, indiquant si la Roumanie devait parier sur l’informatique, sur l’agriculture, sur le tourisme ou sur d’autres secteurs porteurs d’emploi. Aujourd’hui, un tel schema aiderait grandement les jeunes a choisir leur filiere. “Les universites en sont arrivees a vendre des illusions au lieu de metiers”, deplore-t-il.

Read the article on Courrier International

Postat de pe data de 31 dec., 2009 in categoria România în lume. Poti urmari comentariile acestui articol prin RSS 2.0. Acest articol a fost vizualizat de 77 ori.

Publica un raspuns