La laureate du prix Nobel de litterature 2009 n’a pas encore trouve la tranquillite qu’elle recherche depuis qu’elle a quitte la Roumanie pour l’Allemagne, en 1987. Herta Muller, 56 ans, n’en a pas fini avec la Securitate, la police politique de la dictature communiste qu’elle avait fuie.
„Plus de 40 % de ceux qui detiennent aujourd’hui le pouvoir en Roumanie viennent de l’ancienne Securitate et se protegent entre eux, affirme-t-elle. La Roumanie postcommuniste ne s’est pas debarrassee des horreurs communistes, dont la delation et l’aneantissement de l’intimite etaient les mecanismes les plus perfides. Les services secrets de (Nicolae) Ceausescu n’ont pas ete dissous, ils ont simplement ete rebaptises Service roumain de renseignement.”
Dans un entretien accorde, lundi 11 janvier, a la chaine de television allemande ARD, Herta Muller temoigne du choc qu’elle a ressenti en decouvrant dans les archives de l’ancienne Securitate l’identite de l’homme qui l’avait denoncee et espionnee dans les annees 1980.
Franz Thomas Schleich aimait se presenter, lui aussi, comme ecrivain. Au debut des annees 1980, il quitte Timisoara (ouest de la Roumanie) pour l’Allemagne. Il se dit victime du regime communiste, mais son lien avec la Securitate est sans doute encore operationnel. Apres avoir espionne son amie Herta Muller en Roumanie, il aurait continue a la surveiller en Allemagne.
Dans les dossiers de la Securitate, il apparait sous le nom de code „Voicu”, veritable cerbere de l’ecrivain Herta Muller qui derangeait le regime du president roumain, Nicolae Ceausescu. Il note que le premier livre de celle-ci, Niederungen („Bas-fond”), presentait des „orientations antietatiques”. Avis suffisant pour mettre en action l’appareil de la police politique. Aujourd’hui, devenu porte-parole d’un fabricant de linoleum, il se refuse a tout commentaire.
Minorite allemande
Nee en 1953 dans le village de Nitzkydorf, proche de Timisoara, Herta Muller appartient a la minorite allemande installee en Transylvanie au XIIIe siecle. Son grand-pere, riche fermier et homme d’affaires, est exproprie par le regime apres la seconde guerre mondiale. Sa mere est deportee en URSS, ou elle passe cinq ans dans un goulag. Le futur prix Nobel de litterature se retrouve traductrice dans une usine de Timisoara, ou la Securitate lui propose de collaborer. Son refus lui vaut d’etre licenciee.
Aujourd’hui, Herta Muller appelle a l’ouverture d’enquetes officielles contre les anciens informateurs de la Securitate qui habitent en Allemagne. „Si les Roumains sont fiers de son prix Nobel, souligne Marius Oprea, directeur de l’Institut d’investigation des crimes du communisme, on devrait aussi assumer ce qu’elle nous dit sur notre passe.”
Mirel Bran
Article paru dans l’edition du 15.01.10

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„Voicu”, l’espion roumain qui traquait le Prix Nobel 2009

La laureate du prix Nobel de litterature 2009 n’a pas encore trouve la tranquillite qu’elle recherche depuis qu’elle a quitte la Roumanie pour l’Allemagne, en 1987. Herta Muller, 56 ans, n’en a pas fini avec la Securitate, la police politique de la dictature communiste qu’elle avait fuie.
„Plus de 40 % de ceux qui detiennent aujourd’hui le pouvoir en Roumanie viennent de l’ancienne Securitate et se protegent entre eux, affirme-t-elle. La Roumanie postcommuniste ne s’est pas debarrassee des horreurs communistes, dont la delation et l’aneantissement de l’intimite etaient les mecanismes les plus perfides. Les services secrets de (Nicolae) Ceausescu n’ont pas ete dissous, ils ont simplement ete rebaptises Service roumain de renseignement.”
Dans un entretien accorde, lundi 11 janvier, a la chaine de television allemande ARD, Herta Muller temoigne du choc qu’elle a ressenti en decouvrant dans les archives de l’ancienne Securitate l’identite de l’homme qui l’avait denoncee et espionnee dans les annees 1980.
Franz Thomas Schleich aimait se presenter, lui aussi, comme ecrivain. Au debut des annees 1980, il quitte Timisoara (ouest de la Roumanie) pour l’Allemagne. Il se dit victime du regime communiste, mais son lien avec la Securitate est sans doute encore operationnel. Apres avoir espionne son amie Herta Muller en Roumanie, il aurait continue a la surveiller en Allemagne.
Dans les dossiers de la Securitate, il apparait sous le nom de code „Voicu”, veritable cerbere de l’ecrivain Herta Muller qui derangeait le regime du president roumain, Nicolae Ceausescu. Il note que le premier livre de celle-ci, Niederungen („Bas-fond”), presentait des „orientations antietatiques”. Avis suffisant pour mettre en action l’appareil de la police politique. Aujourd’hui, devenu porte-parole d’un fabricant de linoleum, il se refuse a tout commentaire.
Minorite allemande
Nee en 1953 dans le village de Nitzkydorf, proche de Timisoara, Herta Muller appartient a la minorite allemande installee en Transylvanie au XIIIe siecle. Son grand-pere, riche fermier et homme d’affaires, est exproprie par le regime apres la seconde guerre mondiale. Sa mere est deportee en URSS, ou elle passe cinq ans dans un goulag. Le futur prix Nobel de litterature se retrouve traductrice dans une usine de Timisoara, ou la Securitate lui propose de collaborer. Son refus lui vaut d’etre licenciee.
Aujourd’hui, Herta Muller appelle a l’ouverture d’enquetes officielles contre les anciens informateurs de la Securitate qui habitent en Allemagne. „Si les Roumains sont fiers de son prix Nobel, souligne Marius Oprea, directeur de l’Institut d’investigation des crimes du communisme, on devrait aussi assumer ce qu’elle nous dit sur notre passe.”
Mirel Bran
Article paru dans l’edition du 15.01.10

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Postat de pe data de 31 dec., 2009 in categoria România în lume. Poti urmari comentariile acestui articol prin RSS 2.0. Acest articol a fost vizualizat de 79 ori.

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