A quelques jours de la visite du president russe, Dmitri Medvedev, attendu lundi 1er mars a Paris, la diplomatie francaise s’active pour rassurer ses allies sur un sujet sensible : la possible vente d’un batiment de projection et de commandement (BPC) de type Mistral a la Russie. Dans ce but, le secretaire d’Etat aux affaires europeennes, Pierre Lellouche, a effectue en fin de semaine une tournee de trois jours dans les pays baltes (Lituanie, Lettonie et Estonie), avec un crochet par l’Ukraine.
La contestation a monte dans les pays de la region depuis le 8 fevrier. Ce jour-la, a Paris, la Direction generale de l’armement (DGA) du ministere de la defense a confirme l’interet de la Russie pour quatre BPC. Ex-republiques sovietiques, l’Estonie et la Lituanie ont exprime leur inquietude, partagee par la Pologne et la Georgie. D’autant que la nouvelle doctrine militaire russe, signee le 5 fevrier par M. Medvedev, place l’OTAN en tete des dangers exterieurs.
lnterrogee par Le Monde, la ministre de la defense de la Lituanie, Rasa Jukneviciene, estime que la vente du Mistral ne constituerait pas un „danger direct” pour la securite de son pays ou celle de ses allies de l’Union europeenne (UE) et de l’OTAN. „Cependant, ecrit-elle, la nouvelle doctrine militaire de la Russie designe l’elargissement de l’OTAN et d’autres activites (de l’Alliance) comme principale menace militaire exterieure pour la Russie. Et, en ayant a l’esprit le caractere imprevisible de la politique russe, on ne peut exclure que cet equipement militaire soit utilise a des fins illegitimes, en contradiction avec nos valeurs et nos principes.”
Conscient de ces reserves, M. Lellouche a adresse deux messages aux capitales baltes : le batiment propose n’a aucun equipement militaire ; cette negociation s’inscrit dans une revision necessaire des relations avec la Russie, que Paris et Berlin defendent ardemment. „Je suis venu repondre a une demande legitime d’explications, affirme Pierre Lellouche au Monde. Nous n’avons rien a cacher. Notre demarche est d’abord politique. Si nous voulons tourner la page de la guerre froide, on ne peut placer la Russie sous embargo, tout en pretendant la traiter en amie et en partenaire. Les interets strategiques communs l’emportent sur les divergences d’hier.”
Selon M.Lellouche, les „negociations techniques n’ont pas commence pour l’instant” sur le Mistral. Le 17 fevrier, le chef d’etat-major general des forces armees russes, Nikolai Makarov, a precise que Moscou n’avait pas encore pris de decision sur un achat. Mais le renforcement potentiel des capacites militaires russes inquiete particulierement la Georgie. Le president Mikheil Saakachvili l’a explique a Londres, le 19 fevrier.
Selon lui, la vente du Mistral creerait un precedent, et ouvrirait la voie a d’autres contrats militaires entre la France et la Russie. Le 16 fevrier, le quotidien Kommersant affirmait que le ministere de l’interieur russe negociait avec la societe francaise Panhard General Defense pour l’achat de vehicules blindes legers. Selon M.Saakachvili, si le Kremlin „obtient des tanks, des navires et des missiles – une technologie que, je crois, ils envisagent aussi d’acheter -, nous entrerons dans une zone tres risquee.”
Cote francais, on lie la vente possible du Mistral aux discussions sur la securite collective en Europe. Le reformatage des relations avec la Russie, souhaite par l’administration Obama, devrait aussi concerner l’UE. En outre, on souligne une „contradiction” chez certains pourfendeurs des negociations sur le Mistral, qui voudraient aussi denucleariser le continent europeen.
Dans une tribune publiee debut fevrier dans le New York Times, le ministre des affaires etrangeres polonais, Radoslaw Sikorski, et son homologue suedois, Carl Bildt, appelaient les Etats-Unis et la Russie a „reduire fortement le nombre d’armes nucleaires dites tactiques” en Europe et dans sa peripherie orientale, tout en souhaitant leur „elimination totale” a terme. „Il faut savoir : la Russie est-elle une menace ou un partenaire ?”, dit un diplomate francais.
Paris s’interroge aussi sur le deploiement du bouclier antimissile americain en Europe et le manque de concertation a ce sujet, entre Washington et ses allies. „La defense antimissile ne peut se concevoir sans les Russes”, explique Pierre Lellouche. Le premier ministre bulgare, Boiko Borissov, a cause la surprise le 12 fevrier, en annoncant que son pays etait pret a discuter avec Washington pour participer au bouclier, a condition que l’UE soit d’accord. Dans la foulee, Moscou a exige des explications de Sofia. Dix jours plus tot, le president roumain, Traian Basescu, avait affirme que son pays etait pret a accueillir des missiles SM 3 americains.
Piotr Smolar
Article paru dans l’edition du 28.02.10

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Paris tente de rassurer ses allies inquiets de la vente du Mistral aux Russes

A quelques jours de la visite du president russe, Dmitri Medvedev, attendu lundi 1er mars a Paris, la diplomatie francaise s’active pour rassurer ses allies sur un sujet sensible : la possible vente d’un batiment de projection et de commandement (BPC) de type Mistral a la Russie. Dans ce but, le secretaire d’Etat aux affaires europeennes, Pierre Lellouche, a effectue en fin de semaine une tournee de trois jours dans les pays baltes (Lituanie, Lettonie et Estonie), avec un crochet par l’Ukraine.
La contestation a monte dans les pays de la region depuis le 8 fevrier. Ce jour-la, a Paris, la Direction generale de l’armement (DGA) du ministere de la defense a confirme l’interet de la Russie pour quatre BPC. Ex-republiques sovietiques, l’Estonie et la Lituanie ont exprime leur inquietude, partagee par la Pologne et la Georgie. D’autant que la nouvelle doctrine militaire russe, signee le 5 fevrier par M. Medvedev, place l’OTAN en tete des dangers exterieurs.
lnterrogee par Le Monde, la ministre de la defense de la Lituanie, Rasa Jukneviciene, estime que la vente du Mistral ne constituerait pas un „danger direct” pour la securite de son pays ou celle de ses allies de l’Union europeenne (UE) et de l’OTAN. „Cependant, ecrit-elle, la nouvelle doctrine militaire de la Russie designe l’elargissement de l’OTAN et d’autres activites (de l’Alliance) comme principale menace militaire exterieure pour la Russie. Et, en ayant a l’esprit le caractere imprevisible de la politique russe, on ne peut exclure que cet equipement militaire soit utilise a des fins illegitimes, en contradiction avec nos valeurs et nos principes.”
Conscient de ces reserves, M. Lellouche a adresse deux messages aux capitales baltes : le batiment propose n’a aucun equipement militaire ; cette negociation s’inscrit dans une revision necessaire des relations avec la Russie, que Paris et Berlin defendent ardemment. „Je suis venu repondre a une demande legitime d’explications, affirme Pierre Lellouche au Monde. Nous n’avons rien a cacher. Notre demarche est d’abord politique. Si nous voulons tourner la page de la guerre froide, on ne peut placer la Russie sous embargo, tout en pretendant la traiter en amie et en partenaire. Les interets strategiques communs l’emportent sur les divergences d’hier.”
Selon M.Lellouche, les „negociations techniques n’ont pas commence pour l’instant” sur le Mistral. Le 17 fevrier, le chef d’etat-major general des forces armees russes, Nikolai Makarov, a precise que Moscou n’avait pas encore pris de decision sur un achat. Mais le renforcement potentiel des capacites militaires russes inquiete particulierement la Georgie. Le president Mikheil Saakachvili l’a explique a Londres, le 19 fevrier.
Selon lui, la vente du Mistral creerait un precedent, et ouvrirait la voie a d’autres contrats militaires entre la France et la Russie. Le 16 fevrier, le quotidien Kommersant affirmait que le ministere de l’interieur russe negociait avec la societe francaise Panhard General Defense pour l’achat de vehicules blindes legers. Selon M.Saakachvili, si le Kremlin „obtient des tanks, des navires et des missiles – une technologie que, je crois, ils envisagent aussi d’acheter -, nous entrerons dans une zone tres risquee.”
Cote francais, on lie la vente possible du Mistral aux discussions sur la securite collective en Europe. Le reformatage des relations avec la Russie, souhaite par l’administration Obama, devrait aussi concerner l’UE. En outre, on souligne une „contradiction” chez certains pourfendeurs des negociations sur le Mistral, qui voudraient aussi denucleariser le continent europeen.
Dans une tribune publiee debut fevrier dans le New York Times, le ministre des affaires etrangeres polonais, Radoslaw Sikorski, et son homologue suedois, Carl Bildt, appelaient les Etats-Unis et la Russie a „reduire fortement le nombre d’armes nucleaires dites tactiques” en Europe et dans sa peripherie orientale, tout en souhaitant leur „elimination totale” a terme. „Il faut savoir : la Russie est-elle une menace ou un partenaire ?”, dit un diplomate francais.
Paris s’interroge aussi sur le deploiement du bouclier antimissile americain en Europe et le manque de concertation a ce sujet, entre Washington et ses allies. „La defense antimissile ne peut se concevoir sans les Russes”, explique Pierre Lellouche. Le premier ministre bulgare, Boiko Borissov, a cause la surprise le 12 fevrier, en annoncant que son pays etait pret a discuter avec Washington pour participer au bouclier, a condition que l’UE soit d’accord. Dans la foulee, Moscou a exige des explications de Sofia. Dix jours plus tot, le president roumain, Traian Basescu, avait affirme que son pays etait pret a accueillir des missiles SM 3 americains.
Piotr Smolar
Article paru dans l’edition du 28.02.10

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Postat de pe data de 31 ian., 2010 in categoria România în lume. Poti urmari comentariile acestui articol prin RSS 2.0. Acest articol a fost vizualizat de 84 ori.

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