Cirque / Spectacle de fin d’etudes / 21 e promotion du CNAC / Mise en scene Arpad Schilling / 14/02/2010 . Une fois n’est pas coutume, aller voir un spectacle de cirque pour sa derniere n’est pas toujours un succes : fatigue accumulee des artistes souvent, lassitude parfois, contusions et petits coups de mou font souvent partie du rendez-vous. Mais concernant la 21 e promotion du Centre National des Arts du Cirque , la qualite et l’energie semblaient avoir donne plus que jamais rendez-vous a l’esthetisme pour un spectacle touchant de sincerite et legerete. Hasard du calendrier, parler de la complexite des sentiments amoureux un jour de St Valentin rendait la tache encore plus ardue. Un defi releve avec brio par les seize jeunes promus. Bienvenue au pays de Beatrix Potter, version reelle. Aujourd’hui, et particulierement a Paris, la biodiversite des grandes metropoles se meurent. Les lapins, comme n’importe quelle population animale feconde, se font rares et precieux. Car si les lapins ont une reputation de fornicateurs, encore faut-il qu’on leur laisse la possibilite de le faire. Les lapins citadins sont donc, plus que toutes les especes a grandes oreilles au poil soyeux, en voie de disparition et cherchent a assurer la perpetuation de leur genre. Interpretation litterale et fantaisiste d’un spectacle de cirque cense s’inscrire dans la « grande famille du cirque moderne, poetique et intellectualiste » me direz-vous ? Urban Rabbits remplit toutes ces conditions a la fois : regressif et raffine, esthetique et simpliste, humoristique et grave. Les artistes sautent, leurs numeros tressautent. Car non la vie n’est pas lineaire et bien ordonnee, non la vie sentimentale n’est pas une belle histoire qui commence en beaute et se termine bien. Ras le bol des spectacles nœud-nœud ou les acrobates se rencontrent, dansent et repartent main dans la main sur des orchestrations lisses et grandiloquentes. Urban Rabbits juxtapose une serie de « rate », tous ses essais dont on se vante rarement, tous ces loupes et ces incomprehensions qu’on garde pour soi. Les personnages tatonnent et, comme dans la litterature contemporaine, la realite fait intrusion dans la fiction : une figure super moche , un pied qui ruine les cotes du partenaire , un desaccord sur la suite des repliques a donner , « tout est ecrit, meme ton crachat au milieu de la piste »… La poesie et la beaute resident aussi dans ces petits moments de doutes – une belle qui passe son temps en haut de son perchoir a attendre que ses pretendants viennent l’attraper se verra finir… seule car apres tout elle l’a bien cherche, de luxure – oui parfois on peut payer pour avoir acces a l’ Amour d’une belle, ou mieux, vendre son corps de jeune homme a des vieilles en manque, ou de cahots – toutes les partitions sont essentiellement interpretees en live par les artistes qui crachotent dans les cuivres, s’ecorchent les doigts aux cordes ou improvisent du des casseroles et des bicyclettes. Force supplementaire de ce spectacle, la tangible reintroduction du dialogue. D’ordinaire on part du principe qu’un ou deux textes (rarement pertinents) font partie du flirt avec le theatre et participent de ce fait a la distinction entre piste moderne et traditionnelle. Le choix d’ Arpad Schilling , cineaste et dramaturge est on ne peut plus judicieux : si le cirque moderne a pretention a reconcilier theatre, danse et cirque, alors il faut commencer par proposer a des auteurs de mettre en scene d’autres arts que le leur (comme on l’avait l’annee derniere propose a J-C Gallotta , ce qui avait donne une dominante dansee) . La on a enfin de veritables echanges, les athletes se muent en acteurs, s’interpellent, se crient dessus… dans plusieurs langues (car cela va se soit, l’amour et ses complications sont universelles ahah). La creativite de ce spectacle ne s’arrete pas la. On decouvre d’insolites agres qui semblent tout droit sortis de l’imagination respective de chacun des jeunes circassiens comme cette « spirale » maniee par Benoit Fauchier, sorte de serpent de metal dangereux qu’il faut apprendre a dompter pour mieux reinterpreter les numeros de roue allemande et barre fixe. On redecouvre des disciplines a travers le travestissement d’un filet en trampoline, l’exploration d’un fil comme limite superieure (numero sous le fil et non dessus) ou la voltige equestre sur velo a pignon fixe. Vous l’aurez compris, malgre quelques maladresses (comme le fait d’avoir des ecrans videos pour des traductions : soit superflu car l’on a pas besoin de tout comprendre, soit inexploite car il y avait beaucoup plus a faire avec ces ecrans) et quelques longueurs que l’on attribuera ici a la fatigue accumulee d’un mois de representations sans relaches), Urban Rabbits reste une creation resolument vivante, aboutie et epuree. Gageons que ce spectacle touchant saura plaider la cause des leporides aupres de tous : cause environnementale et culturelle n’ont jamais fait si bon menage. Note : 8,5/10 N.B. 1 : les lapins citadins ont un blog ! N.B.. 2 : Si vous passez des vacances en Europe cette annee, alors ne manquez pas l’occasion de croiser leur route : – Reims : 2 – 4 mars – Malte : 9 – 11 avril – Italie / Rome, Modene, Ferrara : 24 avril – 29 mai – Roumanie / Iasi : 11 – 13 juin – Hongrie / Budapest, Debrecen, Pecs : 19 juin – 25 juillet – Serbie / Belgrade : 31 juillet – 6 aout P.S 1 : Cette chronique est dediee a Benoit Fauchier… en souvenir et a l’avenir !
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URBAN RABBITS – 21e PROMOTION DU CNAC @ La Villette

Cirque / Spectacle de fin d’etudes / 21 e promotion du CNAC / Mise en scene Arpad Schilling / 14/02/2010 . Une fois n’est pas coutume, aller voir un spectacle de cirque pour sa derniere n’est pas toujours un succes : fatigue accumulee des artistes souvent, lassitude parfois, contusions et petits coups de mou font souvent partie du rendez-vous. Mais concernant la 21 e promotion du Centre National des Arts du Cirque , la qualite et l’energie semblaient avoir donne plus que jamais rendez-vous a l’esthetisme pour un spectacle touchant de sincerite et legerete. Hasard du calendrier, parler de la complexite des sentiments amoureux un jour de St Valentin rendait la tache encore plus ardue. Un defi releve avec brio par les seize jeunes promus. Bienvenue au pays de Beatrix Potter, version reelle. Aujourd’hui, et particulierement a Paris, la biodiversite des grandes metropoles se meurent. Les lapins, comme n’importe quelle population animale feconde, se font rares et precieux. Car si les lapins ont une reputation de fornicateurs, encore faut-il qu’on leur laisse la possibilite de le faire. Les lapins citadins sont donc, plus que toutes les especes a grandes oreilles au poil soyeux, en voie de disparition et cherchent a assurer la perpetuation de leur genre. Interpretation litterale et fantaisiste d’un spectacle de cirque cense s’inscrire dans la « grande famille du cirque moderne, poetique et intellectualiste » me direz-vous ? Urban Rabbits remplit toutes ces conditions a la fois : regressif et raffine, esthetique et simpliste, humoristique et grave. Les artistes sautent, leurs numeros tressautent. Car non la vie n’est pas lineaire et bien ordonnee, non la vie sentimentale n’est pas une belle histoire qui commence en beaute et se termine bien. Ras le bol des spectacles nœud-nœud ou les acrobates se rencontrent, dansent et repartent main dans la main sur des orchestrations lisses et grandiloquentes. Urban Rabbits juxtapose une serie de « rate », tous ses essais dont on se vante rarement, tous ces loupes et ces incomprehensions qu’on garde pour soi. Les personnages tatonnent et, comme dans la litterature contemporaine, la realite fait intrusion dans la fiction : une figure super moche , un pied qui ruine les cotes du partenaire , un desaccord sur la suite des repliques a donner , « tout est ecrit, meme ton crachat au milieu de la piste »… La poesie et la beaute resident aussi dans ces petits moments de doutes – une belle qui passe son temps en haut de son perchoir a attendre que ses pretendants viennent l’attraper se verra finir… seule car apres tout elle l’a bien cherche, de luxure – oui parfois on peut payer pour avoir acces a l’ Amour d’une belle, ou mieux, vendre son corps de jeune homme a des vieilles en manque, ou de cahots – toutes les partitions sont essentiellement interpretees en live par les artistes qui crachotent dans les cuivres, s’ecorchent les doigts aux cordes ou improvisent du des casseroles et des bicyclettes. Force supplementaire de ce spectacle, la tangible reintroduction du dialogue. D’ordinaire on part du principe qu’un ou deux textes (rarement pertinents) font partie du flirt avec le theatre et participent de ce fait a la distinction entre piste moderne et traditionnelle. Le choix d’ Arpad Schilling , cineaste et dramaturge est on ne peut plus judicieux : si le cirque moderne a pretention a reconcilier theatre, danse et cirque, alors il faut commencer par proposer a des auteurs de mettre en scene d’autres arts que le leur (comme on l’avait l’annee derniere propose a J-C Gallotta , ce qui avait donne une dominante dansee) . La on a enfin de veritables echanges, les athletes se muent en acteurs, s’interpellent, se crient dessus… dans plusieurs langues (car cela va se soit, l’amour et ses complications sont universelles ahah). La creativite de ce spectacle ne s’arrete pas la. On decouvre d’insolites agres qui semblent tout droit sortis de l’imagination respective de chacun des jeunes circassiens comme cette « spirale » maniee par Benoit Fauchier, sorte de serpent de metal dangereux qu’il faut apprendre a dompter pour mieux reinterpreter les numeros de roue allemande et barre fixe. On redecouvre des disciplines a travers le travestissement d’un filet en trampoline, l’exploration d’un fil comme limite superieure (numero sous le fil et non dessus) ou la voltige equestre sur velo a pignon fixe. Vous l’aurez compris, malgre quelques maladresses (comme le fait d’avoir des ecrans videos pour des traductions : soit superflu car l’on a pas besoin de tout comprendre, soit inexploite car il y avait beaucoup plus a faire avec ces ecrans) et quelques longueurs que l’on attribuera ici a la fatigue accumulee d’un mois de representations sans relaches), Urban Rabbits reste une creation resolument vivante, aboutie et epuree. Gageons que ce spectacle touchant saura plaider la cause des leporides aupres de tous : cause environnementale et culturelle n’ont jamais fait si bon menage. Note : 8,5/10 N.B. 1 : les lapins citadins ont un blog ! N.B.. 2 : Si vous passez des vacances en Europe cette annee, alors ne manquez pas l’occasion de croiser leur route : – Reims : 2 – 4 mars – Malte : 9 – 11 avril – Italie / Rome, Modene, Ferrara : 24 avril – 29 mai – Roumanie / Iasi : 11 – 13 juin – Hongrie / Budapest, Debrecen, Pecs : 19 juin – 25 juillet – Serbie / Belgrade : 31 juillet – 6 aout P.S 1 : Cette chronique est dediee a Benoit Fauchier… en souvenir et a l’avenir !
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Postat de pe data de 31 ian., 2010 in categoria România în lume. Poti urmari comentariile acestui articol prin RSS 2.0. Acest articol a fost vizualizat de 63 ori.

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