A travers la figure de ce designer talentueux, le Centre Pompidou dresse le portrait d’une nouvelle generation de createurs, genereuse et ouverte.
Diaporama(s)
Decouvrez le travail de Patrick Jouin en images.
Ce n’est pas forcement le plus productif ni le plus en vue de la pleiade de (tres bons) designers que compte aujourd’hui l’Hexagone. Ce quadra discret succede pourtant a Philippe Starck, a Charlotte Perriand et a Ron Arad sur la short list des expositions du Centre Pompidou, a Paris, consacrees au design (1). Alors, pourquoi Patrick Jouin plutot qu’un autre? Surement parce que sa petite decennie de creations illustre la diversite des modes d’intervention, de production et de supports aujourd’hui a l’oeuvre dans le design contemporain. Patrick Jouin est l’auteur d’une spatule a Nutella, d’un plat a tagine en ceramique, de sieges en carbone, en stereolithographie, en plastique, des nouvelles Sanisette JC Decaux, de couverts en argent… Sans compter sa multitude de projets d’architecture d’interieur (dont le Plaza Athenee relooke) et maintenant d’archi tout court; helas absents de l’exposition, qui a prefere se concentrer sur le design industriel. On l’aura compris, l’homme, qui pilote une agence de 15 personnes, est un designer complet. Exemplaire d’une generation curieuse de tout. Et enfin heureuse de faire partager au grand public ses secrets de fabrication ! Voici cinq bonnes raisons de (re)decouvrir son travail.
Il incarne l’elegance a la francaise
C’est assez rare pour etre souligne, meme si c’est le cas de plus en plus de designers de son age : Patrick Jouin dessine. Depuis toujours, en fait. „Au lycee, j’etais plutot dans un style heroic fantasy, puis mon grand frere m’a emmene a Beaubourg et j’ai decouvert l’art contemporain. J’avais 16 ans, ce fut un choc”, se souvient-il. Aujourd’hui, pour se detendre, il peint dans un style imparfait revendique. Histoire de briser la tentation de beaute absolue visible dans ses creations. Patrick est un fanatique du trait, de la courbe impeccable, du detail quasi invisible. Cette elegance formelle, qui fait son style, il la doit aussi a son premier employeur : Philippe Starck. „Un homme raffine qui m’a appris a doser mon crayon, a ne pas appuyer trop fort.”
Il a su s’emanciper de Starck
Derriere le succes d’un homme se cache toujours une femme, dit-on… C’est sur les instances de sa copine de l’epoque (son epouse aujourd’hui) que Patrick Jouin repond a la petite annonce qu’elle avait lue dans Liberation : „Starck cherche le meilleur designer du monde.” Au lieu d’envoyer un CV, il ecrit une lettre dans laquelle il detourne la definition du dictionnaire de l’adjectif „meilleur”. Bingo ! Le voila embauche. Il passera un an au Tim Thom, la cellule design de Thomson pilotee par Starck, puis quatre ans dans l’agence du grand manitou (de 1995 a 1999). „Je lui dois beaucoup. A son contact, je me suis rendu compte que je n’avais pas de culture au sens large. Comment peut-on dessiner un restaurant trois etoiles quand on n’a jamais eu une experience gastronomique ? C’est devenu une evidence. Je me suis donc mis a voyager, a m’enrichir de connaissances diverses.” C’est Starck lui-meme qui le pousse a solliciter l’aide du VIA (Valorisation de l’innovation dans l’ameublement) pour financer ses premiers prototypes…
Il obtient ainsi, en 1998, le label du VIA pour sa chaise Facto (editee ensuite par Fermob) et, l’annee suivante, le meme prix pour le canape-lit Morphee, produit par Ligne Roset. Fort de ces premiers succes, il part tout seul, bille en tete, a Milan, presenter son travail sur le tout nouveau Salon Satellite, voue a la jeune creation. Il y est repere par l’editeur de luminaires Flos, qui lui ouvre les portes de l’Italie. L’heure de l’independance a sonne. Si son style s’inscrit dans une lignee starckienne et industrielle evidente, sa personnalite en revanche tranche radicalement avec celle du mentor. Quand Starck ne montrait aucun objet dans son expo a Beaubourg en 2003, Jouin invite le visiteur a plonger dans les coulisses de son agence. Et passe a la loupe la genealogie de ses projets phares dans un film signe Alain Fleisher. Un formidable cours de design en mouvement.
Il s’interesse a tout
Le projet prefere de Patrick Jouin? Les Sanisette qu’il vient de realiser avec JC Decaux. Soit „le summum de la complexite, car ce projet reunit un maximum de contraintes : c’est un marche public constitue d’imperatifs techniques et ecologiques importants. De plus, il doit repondre a l’attente de tous les usagers…”. Mais plus c’est complique, plus c’est gratifiant pour un designer d’arriver a glisser sa touche dans les interstices d’une telle machine. De fait, ces nouvelles toilettes publiques n’ont jamais ete autant utilisees que depuis que Patrick Jouin les a renovees. „Le design est un jeu d’echecs entre le createur et le client. Au final, tout le monde doit gagner”, explique-t-il. Sa force, c’est egalement sa grande connaissance des techniques de fabrication. Un bagage qu’il doit en grande partie a son pere, „bricoleur de genie”, ingenieur mecanique de formation, specialiste de l’usinage des plastiques et des metaux, qui avait son atelier a la maison. Il a donc grandi entre les scies et les fraiseuses… Et voue, depuis, un culte aux artisans, qu’ils soient maitres verriers, orfevres, potiers, specialistes de la fibre de carbone ou du prototypagerapide.
Le Mix de Las Vegas, l’une des nombreuses tables imaginees pour le chef Alain Ducasse.
Il maitrise aussi bien le mobilier que l’architecture
En 2001, son projet de rafraichissement du bar du Plaza Athenee, a Paris, le sort vraiment de l’ombre. L’influence starckienne est perceptible (melange de classicisme et de futurisme), mais le constat est la : Patrick Jouin a l’art de creer des espaces harmonieux, a la fois contemporains et tres classe. Depuis, il forme un indefectible tandem avec Alain Ducasse, rencontre grace a un ami commun. Un peu de chance, ca aide aussi… Pour le chef etoile, il a, entre autres, signe le Mix a New York, a Las Vegas, la table du Dorchester a Londres et le Jules Verne au premier etage de la tour Eiffel. Aujourd’hui, les projets d’architecture representent 80 % de l’activite de l’agence. Qu’il partage, depuis 2006, avec l’architecte Sanjit Manku. Ensemble, ils viennent de realiser une maison a Kuala Lumpur (concue de A a Z, mobilier compris) et planchent sur diverses residences privees. „Ces clients nous choisissent parce qu’ils veulent quelque chose qui ne ressemble a rien d’autre, sans reference a une ecole, un style, une signature”, explique Sanjit Manku.
La Pasta Pot, imaginee par Jouin et Ducasse pour Alessi, est autant un ustensile qu’une methode de cuisson.
C’est un fin gourmet
„On ne peut pas etre designer si l’on n’aime pas faire a manger.” Patrick Jouin est formel avec ce principe. Pour lui, il existe un lien evident entre le plaisir de cuisiner, la sensualite qui emane d’un plat, et le design, qui resulte d’une subtile alchimie. Dans son palmares, on ne s’etonnera pas de decouvrir une bonne dose de gourmandise : une spatule a Nutella, un flocon sucre pour Haagen-Dazs. Et des tables, encore des tables… De luxe, le plus souvent. Ses annees d’experience avec Ducasse (plus de dix lieux ensemble) lui ont ouvert les portes de la gastronomie. Marc Haeberlin a aussi fait appel a ses services pour son Auberge de l’Ill. Il planche actuellement sur une nouvelle brasserie a Strasbourg et une nouvelle table prestigieuse a Paris.
Patrick Jouin voue un veritable culte au travail artisanal. Ici, un escalier monumental en bois precieux, realise pour une residence privee a Kuala Lumpur (Malaisie).
(1) Patrick Jouin. La substance du design, Centre Pompidou, Paris (IVe). Jusqu’au 24 mai, 01-44-78-12-33.

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5 bonnes raisons de (re)decouvrir Patrick Jouin

A travers la figure de ce designer talentueux, le Centre Pompidou dresse le portrait d’une nouvelle generation de createurs, genereuse et ouverte.
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Decouvrez le travail de Patrick Jouin en images.
Ce n’est pas forcement le plus productif ni le plus en vue de la pleiade de (tres bons) designers que compte aujourd’hui l’Hexagone. Ce quadra discret succede pourtant a Philippe Starck, a Charlotte Perriand et a Ron Arad sur la short list des expositions du Centre Pompidou, a Paris, consacrees au design (1). Alors, pourquoi Patrick Jouin plutot qu’un autre? Surement parce que sa petite decennie de creations illustre la diversite des modes d’intervention, de production et de supports aujourd’hui a l’oeuvre dans le design contemporain. Patrick Jouin est l’auteur d’une spatule a Nutella, d’un plat a tagine en ceramique, de sieges en carbone, en stereolithographie, en plastique, des nouvelles Sanisette JC Decaux, de couverts en argent… Sans compter sa multitude de projets d’architecture d’interieur (dont le Plaza Athenee relooke) et maintenant d’archi tout court; helas absents de l’exposition, qui a prefere se concentrer sur le design industriel. On l’aura compris, l’homme, qui pilote une agence de 15 personnes, est un designer complet. Exemplaire d’une generation curieuse de tout. Et enfin heureuse de faire partager au grand public ses secrets de fabrication ! Voici cinq bonnes raisons de (re)decouvrir son travail.
Il incarne l’elegance a la francaise
C’est assez rare pour etre souligne, meme si c’est le cas de plus en plus de designers de son age : Patrick Jouin dessine. Depuis toujours, en fait. „Au lycee, j’etais plutot dans un style heroic fantasy, puis mon grand frere m’a emmene a Beaubourg et j’ai decouvert l’art contemporain. J’avais 16 ans, ce fut un choc”, se souvient-il. Aujourd’hui, pour se detendre, il peint dans un style imparfait revendique. Histoire de briser la tentation de beaute absolue visible dans ses creations. Patrick est un fanatique du trait, de la courbe impeccable, du detail quasi invisible. Cette elegance formelle, qui fait son style, il la doit aussi a son premier employeur : Philippe Starck. „Un homme raffine qui m’a appris a doser mon crayon, a ne pas appuyer trop fort.”
Il a su s’emanciper de Starck
Derriere le succes d’un homme se cache toujours une femme, dit-on… C’est sur les instances de sa copine de l’epoque (son epouse aujourd’hui) que Patrick Jouin repond a la petite annonce qu’elle avait lue dans Liberation : „Starck cherche le meilleur designer du monde.” Au lieu d’envoyer un CV, il ecrit une lettre dans laquelle il detourne la definition du dictionnaire de l’adjectif „meilleur”. Bingo ! Le voila embauche. Il passera un an au Tim Thom, la cellule design de Thomson pilotee par Starck, puis quatre ans dans l’agence du grand manitou (de 1995 a 1999). „Je lui dois beaucoup. A son contact, je me suis rendu compte que je n’avais pas de culture au sens large. Comment peut-on dessiner un restaurant trois etoiles quand on n’a jamais eu une experience gastronomique ? C’est devenu une evidence. Je me suis donc mis a voyager, a m’enrichir de connaissances diverses.” C’est Starck lui-meme qui le pousse a solliciter l’aide du VIA (Valorisation de l’innovation dans l’ameublement) pour financer ses premiers prototypes…
Il obtient ainsi, en 1998, le label du VIA pour sa chaise Facto (editee ensuite par Fermob) et, l’annee suivante, le meme prix pour le canape-lit Morphee, produit par Ligne Roset. Fort de ces premiers succes, il part tout seul, bille en tete, a Milan, presenter son travail sur le tout nouveau Salon Satellite, voue a la jeune creation. Il y est repere par l’editeur de luminaires Flos, qui lui ouvre les portes de l’Italie. L’heure de l’independance a sonne. Si son style s’inscrit dans une lignee starckienne et industrielle evidente, sa personnalite en revanche tranche radicalement avec celle du mentor. Quand Starck ne montrait aucun objet dans son expo a Beaubourg en 2003, Jouin invite le visiteur a plonger dans les coulisses de son agence. Et passe a la loupe la genealogie de ses projets phares dans un film signe Alain Fleisher. Un formidable cours de design en mouvement.
Il s’interesse a tout
Le projet prefere de Patrick Jouin? Les Sanisette qu’il vient de realiser avec JC Decaux. Soit „le summum de la complexite, car ce projet reunit un maximum de contraintes : c’est un marche public constitue d’imperatifs techniques et ecologiques importants. De plus, il doit repondre a l’attente de tous les usagers…”. Mais plus c’est complique, plus c’est gratifiant pour un designer d’arriver a glisser sa touche dans les interstices d’une telle machine. De fait, ces nouvelles toilettes publiques n’ont jamais ete autant utilisees que depuis que Patrick Jouin les a renovees. „Le design est un jeu d’echecs entre le createur et le client. Au final, tout le monde doit gagner”, explique-t-il. Sa force, c’est egalement sa grande connaissance des techniques de fabrication. Un bagage qu’il doit en grande partie a son pere, „bricoleur de genie”, ingenieur mecanique de formation, specialiste de l’usinage des plastiques et des metaux, qui avait son atelier a la maison. Il a donc grandi entre les scies et les fraiseuses… Et voue, depuis, un culte aux artisans, qu’ils soient maitres verriers, orfevres, potiers, specialistes de la fibre de carbone ou du prototypagerapide.
Le Mix de Las Vegas, l’une des nombreuses tables imaginees pour le chef Alain Ducasse.
Il maitrise aussi bien le mobilier que l’architecture
En 2001, son projet de rafraichissement du bar du Plaza Athenee, a Paris, le sort vraiment de l’ombre. L’influence starckienne est perceptible (melange de classicisme et de futurisme), mais le constat est la : Patrick Jouin a l’art de creer des espaces harmonieux, a la fois contemporains et tres classe. Depuis, il forme un indefectible tandem avec Alain Ducasse, rencontre grace a un ami commun. Un peu de chance, ca aide aussi… Pour le chef etoile, il a, entre autres, signe le Mix a New York, a Las Vegas, la table du Dorchester a Londres et le Jules Verne au premier etage de la tour Eiffel. Aujourd’hui, les projets d’architecture representent 80 % de l’activite de l’agence. Qu’il partage, depuis 2006, avec l’architecte Sanjit Manku. Ensemble, ils viennent de realiser une maison a Kuala Lumpur (concue de A a Z, mobilier compris) et planchent sur diverses residences privees. „Ces clients nous choisissent parce qu’ils veulent quelque chose qui ne ressemble a rien d’autre, sans reference a une ecole, un style, une signature”, explique Sanjit Manku.
La Pasta Pot, imaginee par Jouin et Ducasse pour Alessi, est autant un ustensile qu’une methode de cuisson.
C’est un fin gourmet
„On ne peut pas etre designer si l’on n’aime pas faire a manger.” Patrick Jouin est formel avec ce principe. Pour lui, il existe un lien evident entre le plaisir de cuisiner, la sensualite qui emane d’un plat, et le design, qui resulte d’une subtile alchimie. Dans son palmares, on ne s’etonnera pas de decouvrir une bonne dose de gourmandise : une spatule a Nutella, un flocon sucre pour Haagen-Dazs. Et des tables, encore des tables… De luxe, le plus souvent. Ses annees d’experience avec Ducasse (plus de dix lieux ensemble) lui ont ouvert les portes de la gastronomie. Marc Haeberlin a aussi fait appel a ses services pour son Auberge de l’Ill. Il planche actuellement sur une nouvelle brasserie a Strasbourg et une nouvelle table prestigieuse a Paris.
Patrick Jouin voue un veritable culte au travail artisanal. Ici, un escalier monumental en bois precieux, realise pour une residence privee a Kuala Lumpur (Malaisie).
(1) Patrick Jouin. La substance du design, Centre Pompidou, Paris (IVe). Jusqu’au 24 mai, 01-44-78-12-33.

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Postat de pe data de 28 feb., 2010 in categoria România în lume. Poti urmari comentariile acestui articol prin RSS 2.0. Acest articol a fost vizualizat de 119 ori.

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