En 2007, le candidat Sarkozy avait seduit l’Andelle, ce coin rural et ouvrier de l’Eure, autrefois florissant. Depuis, de chomage technique en chute des prix agricoles, le desarroi est profond. Alors que l’Elysee accueille une reunion lundi 17 mai a l’Elysee pour fixer les marges sur les produits agricoles, plongee dans le malaise francais.
Des dizaines de croix ont ete plantees sur le bas-cote de la chaussee. Sur chacune d’elles, un nom est inscrit. Victimes de la route? Il s’agit bien d’un accident, mais… industriel. Aux ronds-points, des banderoles, posees sur des bottes de paille, le confirment: „Maintien des emplois. Non aux licenciements!” Au milieu des champs, on apercoit le faite d’un grand batiment, ou l’on fabrique de la pate a papier. Ces sepultures symboliques sont celles de salaries promis au depart.
Drole d’accueil! Dans la vallee de l’Andelle (Eure), il n’y a guere que les vaches qui ne soient pas inquietes. Elles paissent a cote des usines en regardant passer les camions – jusqu’a 6 000 par jour. Ici, les entreprises sont plus nombreuses que les fermes. Si le cadre reste bucolique, l’ambiance est triste, et l’avenir, sombre.
Le secteur industriel va de mal en pis, les ouvriers choment, les agriculteurs manifestent et les maires craignent de ne pas boucler leur budget. Tous disent la vallee „sinistree”. Rouen n’est pourtant qu’a 20 kilometres; Paris, a une heure trente en voiture. En quelques annees, cet endroit agreable s’est retrouve coince entre deux „banlieues” qui ne cessent de s’etendre. L’Andelle, petite piece du puzzle francais, ne trouve plus sa place.
Un malaise general
En 2007, dans un contexte economique deja morose, Nicolas Sarkozy avait realise pres de 52 % des voix face a Segolene Royal, alors que le canton est acquis a la gauche. Les dernieres regionales n’ont pas confirme ce basculement vers l’UMP – comme, d’ailleurs, partout en France. Au contraire. „Les ouvriers bosseurs, qui souhaitaient ameliorer leurs salaires, avaient ete seduits par la pugnacite du president. Ils ont ete desarconnes par la crise”, admet le depute UMP Franck Gilard.
„Plus personne n’ose avouer avoir vote Sarkozy, c’est a se demander comment il a ete elu!” raille un habitant. Le Front national a recouvre son niveau de 2004, jusqu’a 30 % dans les villages isoles. Le malaise, ici, n’est pas seulement rural, il est general.
C’est la vallee des paradoxes, a mi-chemin entre la Normandie verdoyante et le Pas-de-Calais industrieux. De belles demeures a colombages voisinent avec les manufactures, tantot en ruine, tantot modernes, et les petites maisons ouvrieres. 17 000 personnes habitent ce canton autrefois florissant lorsque les filatures textiles faisaient tourner leurs moulins le long de la riviere. Au milieu du XXe siecle, une kyrielle de PMI – plasturgie, fonderie, mecanique, chaudronnerie… – les ont remplacees, embauchant en masse les anciens ouvriers agricoles.
Pour les familles, la vie etait simple. Elle se resumait a l’usine. Chantal y est entree a 16 ans. Elle se souvient: „Ma mere nous disait: „Je ne vous nourrirai pas, vous gagnerez votre vie.” J’ai commence sur des machines plus vieilles que moi, elles etaient toutes rouillees.” La penibilite, Chantal la subit aussitot. A 27 ans, elle doit se faire operer d’une hernie discale.
Pendant quarante ans, un destin tout trace…
Elle en a 53 aujourd’hui, et c’est elle qui est rongee, percluse de douleur par l’arthrose. Chantal a ete declaree invalide et touche une pension. Elle vient de s’offrir une maisonnette, a la sortie de Charleval, car elle ne supportait plus ses voisins. „Je ne pensais pas qu’a mon age, je pouvais obtenir un credit”, confie-t-elle. Sans les conseils de son fils, elle n’aurait pas ose.
Pendant quarante ans, les entreprises ont recrute ainsi des familles entieres. Leurs enfants n’ont pas poursuivi d’etudes, puisque leur avenir etait assure et leur destin trace. „Beaucoup ne sont jamais sortis de la vallee et vivent en vase clos, souligne Jean Caussard, ancien president du groupement interprofessionnel, le Givape. Pour certains, Rouen, c’est l’aventure!”
Les restructurations des annees 1980 et 1990 ont completement bouleverse leurs reperes. Surtout lorsqu’elles ont frappe Sealynx, principal employeur depuis 1959, qui fabrique des joints d’etancheite en caoutchouc pour l’automobile.
„Pourvu que ca tienne…”
Les gens n’en parlent d’ailleurs qu’au passe. Pour eux, ce sont encore les Etablissements Mesnel, du nom du fondateur, un grand industriel. Il faut dire que, depuis 1997, l’entreprise a change plusieurs fois d’actionnaires et de denomination, toutes aussi impersonnelles, BTR Sealing Systems puis Metzeler Automotive Profile Systems. En 2007, nouveau changement de direction: Metzeler devient Sealynx Automotive. A chaque fois, des salaries sont restes sur le carreau. Ils sont 730 aujourd’hui, deux fois moins qu’il y a quinze ans.
Thierry Dudoit/ L’Express
Pauperisation. Tandis que les Restos du coeur, a Romilly-sur Andelle, viennent en aide a davantage de familles…
Entre-temps, ce sous-traitant a delocalise des ateliers en Roumanie, en Tunisie et au Maroc. „Nous fabriquons des pieces dont la finition est executee en low cost a l’etranger”, deplore Olivier Martin, de la Coordination democratique des travailleurs de Mesnel, un syndicat autonome.
Dans l’usine de Charleval, l’activite manque, en raison de la crise du secteur automobile. Depuis la fin de 2008, 30 a 40% des ouvriers sont en chomage technique deux jours par semaine. Ce qui ne rassure personne. „Pourvu que ca tienne…”, soupire-t-on. Si l’entreprise s’ecroule, c’est toute la vallee qui s’effondre. Les nouveaux patrons, des anciens cadres de la maison, n’ont pas voulu repondre a L’Express.
La delocalisation, les gens d’ici ont du mal a l’avaler. Ils en rendent les politiques responsables. C’est surtout leur impuissance qu’ils denoncent. „Les boites sont abreuvees d’aides publiques et ensuite elles partent a l’etranger, ce n’est pas normal”, tonne Bernard, ancien cadre a la retraite.
Jean-Claude Remy, maire apparente UMP de Fleury-sur-Andelle, le chef-lieu de canton, decrypte: „Quand Sealynx a failli fermer, une cellule de revitalisation a ete montee avec l’aide de la prefecture pour accompagner les licencies. Les gens ont cru que Sarkozy pouvait etre un sauveur. Ils se sont rendu compte qu’il n’avait pas les moyens de s’opposer aux transferts des ateliers.”
Le desenchantement du „travailler plus pour gagner plus”
„Travailler plus pour gagner plus”? Une autre desillusion. Les ouvriers ne demandaient qu’a y croire. Faute de nouvelles commandes, beaucoup de societes n’ont meme pas pu leur proposer des heures supplementaires. D’autres ont donne du temps plutot que de l’argent. C’est le cas de l’entreprise qui emploie l’ex-mari de Karine, conducteur d’engins. „Depuis qu’il a perdu ses heures sup, il ne paie plus la pension alimentaire”, confie cette femme divorcee de 34 ans. Avec ses deux enfants a charge et les 600 euros de traite pour son logement de Romilly, Karine n’a plus le choix: depuis six mois, chaque semaine, elle se rend au Restos du coeur.
Cela ne devrait pas durer. Grace a son BTS de secretariat, elle vient de signer son premier CDI dans une entreprise de batiment de cinq personnes, installee a Louviers, a 25 kilometres. Jusqu’alors, elle alternait les missions en interim. Sans permis de conduire, elle n’aurait jamais deniche ce job. Hormis deux liaisons par jour vers Rouen, les transports en commun sont inexistants dans la vallee.
L’hiver, pour transporter les personnes au centre des Restos du coeur a Romilly, les communes de Charleval et de Vandrimare mettent a disposition des minibus. Tous les mardis, ils sont pleins. Ce 27 avril debute le service d’ete. Bien avant l’ouverture, une dizaine de personnes se pressent devant la porte. Que des femmes, ou presque. „Les hommes ont honte”, glisse l’une d’elles.
Certains, effectivement, attendent leur epouse sur le parking… On y croise des jeunes sans qualification, des meres seules avec enfants, une quinquagenaire atteinte d’une sclerose en plaques, un grand-pere qui s’occupe de son petit-fils rejete par ses parents… Beaucoup de nouveaux. „Je suis epouvantee par le nombre de demandes. En ete, on est censes seulement depanner”, s’inquiete la responsable du centre, Colette Durieu, 74 ans, une ancienne restauratrice. Deja, l’hiver dernier, la hausse n’a jamais ete aussi elevee: 18% de beneficiaires de plus.
En cause: la suppression des petits boulots et le cout de la vie qui ne cesse de grimper. „Pour soutenir tout le monde, je vais devoir reduire les quantites de nourriture”, prevoit deja Colette Durieu.
Thierry Dudoit/ L’Express
… les agriculteurs disparaissent. Regis Figereu est monte a Paris pour manifester. Il a accroche ce panneau signalant la fin de Charleval sur son tracteur, avec l’accord du maire.
Ce meme jour, Regis Figeureu, lui, est monte a Paris pour manifester. Sur son gros tracteur, il a accroche, avec la permission du maire, le panneau signaletique qui indique la fin de Charleval. Tout un symbole: il n’y a plus que trois agriculteurs dans le bourg – les trois autres n’ont pas trouve de successeur.
A 48 ans, Regis exploite 155 hectares, essentiellement semes de cereales, et eleve 46 vaches laitieres. L’un de ses fils prepare un bac pro agricole dans l’idee de l’aider, puis de lui succeder. „Je prefererais qu’il travaille ailleurs, en attendant des jours meilleurs. Je ne peux pas le remunerer”, confie son pere. Regis a recemment du licencier son ouvrier a mi-temps, sinon c’etait la clef sous la porte. „Je ne demande qu’a vivre de mon travail”, s’indigne-t-il.
Dans l’Eure, les revenus des cerealiers ont chute de 97% l’an dernier, le cours du lait a plonge. En octobre, l’Etat a decrete un plan d’aide aux agriculteurs, comprenant la possibilite d’obtenir des prets a taux bonifies. La tresorerie de Regis est tellement tendue que la banque lui a refuse tout credit. Regis gagne moins de 1 000 euros par mois.
Meme la „riche” Lyons-la-Foret…
Les elus locaux font le maximum pour sauver ce qui peut l’etre. A Charleval, la creation d’un village d’artisans a permis de maintenir 50 emplois et le service de la perception. Grace a la taxe professionnelle de Sealynx (1 million d’euros), la municipalite a installe une antenne touristique, un conservatoire de musique, un office de la jeunesse et soutient une trentaine d’associations. „La communaute de communes a developpe les services de proximite que les bourgs ne pouvaient pas se payer”, indique Jacques Poletti, conseiller general (PS). Creches, haltes-garderies, aides aux personnes agees…
Thierry Dudoit/ L’Express
Boulangere a Lyons-la-Foret, Myriam livre le pain, mais aussi le journal local et des mediacaments, dans les villages du canton: tous ont perdu leurs petits commerces.
A quelques kilometres commence le canton de Lyons-la-Foret, bijou normand entoure de bois magnifiques et de grands animaux. Pour les habitants de l’Andelle, ce sont les „riches” qui habitent ici, parce que des Parisiens y possedent une residence secondaire. Dans les villages, pourtant, pas un commerce. C’est Myriam, 37 ans, de la boulangerie de Lyons, qui livre le pain chez les particuliers.
Des retraites, essentiellement, loin d’etre aises, qui l’attendent tous les matins a l’heure pile devant leur porte. „Mimi” apporte aussi les medicaments et le journal local. Sans cette femme energique et enjouee, certains ne verraient personne. Il y avait une quinzaine d’entreprises a Lyons. Elles ont disparu.

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Un monde rural a l’agonie

En 2007, le candidat Sarkozy avait seduit l’Andelle, ce coin rural et ouvrier de l’Eure, autrefois florissant. Depuis, de chomage technique en chute des prix agricoles, le desarroi est profond. Alors que l’Elysee accueille une reunion lundi 17 mai a l’Elysee pour fixer les marges sur les produits agricoles, plongee dans le malaise francais.
Des dizaines de croix ont ete plantees sur le bas-cote de la chaussee. Sur chacune d’elles, un nom est inscrit. Victimes de la route? Il s’agit bien d’un accident, mais… industriel. Aux ronds-points, des banderoles, posees sur des bottes de paille, le confirment: „Maintien des emplois. Non aux licenciements!” Au milieu des champs, on apercoit le faite d’un grand batiment, ou l’on fabrique de la pate a papier. Ces sepultures symboliques sont celles de salaries promis au depart.
Drole d’accueil! Dans la vallee de l’Andelle (Eure), il n’y a guere que les vaches qui ne soient pas inquietes. Elles paissent a cote des usines en regardant passer les camions – jusqu’a 6 000 par jour. Ici, les entreprises sont plus nombreuses que les fermes. Si le cadre reste bucolique, l’ambiance est triste, et l’avenir, sombre.
Le secteur industriel va de mal en pis, les ouvriers choment, les agriculteurs manifestent et les maires craignent de ne pas boucler leur budget. Tous disent la vallee „sinistree”. Rouen n’est pourtant qu’a 20 kilometres; Paris, a une heure trente en voiture. En quelques annees, cet endroit agreable s’est retrouve coince entre deux „banlieues” qui ne cessent de s’etendre. L’Andelle, petite piece du puzzle francais, ne trouve plus sa place.
Un malaise general
En 2007, dans un contexte economique deja morose, Nicolas Sarkozy avait realise pres de 52 % des voix face a Segolene Royal, alors que le canton est acquis a la gauche. Les dernieres regionales n’ont pas confirme ce basculement vers l’UMP – comme, d’ailleurs, partout en France. Au contraire. „Les ouvriers bosseurs, qui souhaitaient ameliorer leurs salaires, avaient ete seduits par la pugnacite du president. Ils ont ete desarconnes par la crise”, admet le depute UMP Franck Gilard.
„Plus personne n’ose avouer avoir vote Sarkozy, c’est a se demander comment il a ete elu!” raille un habitant. Le Front national a recouvre son niveau de 2004, jusqu’a 30 % dans les villages isoles. Le malaise, ici, n’est pas seulement rural, il est general.
C’est la vallee des paradoxes, a mi-chemin entre la Normandie verdoyante et le Pas-de-Calais industrieux. De belles demeures a colombages voisinent avec les manufactures, tantot en ruine, tantot modernes, et les petites maisons ouvrieres. 17 000 personnes habitent ce canton autrefois florissant lorsque les filatures textiles faisaient tourner leurs moulins le long de la riviere. Au milieu du XXe siecle, une kyrielle de PMI – plasturgie, fonderie, mecanique, chaudronnerie… – les ont remplacees, embauchant en masse les anciens ouvriers agricoles.
Pour les familles, la vie etait simple. Elle se resumait a l’usine. Chantal y est entree a 16 ans. Elle se souvient: „Ma mere nous disait: „Je ne vous nourrirai pas, vous gagnerez votre vie.” J’ai commence sur des machines plus vieilles que moi, elles etaient toutes rouillees.” La penibilite, Chantal la subit aussitot. A 27 ans, elle doit se faire operer d’une hernie discale.
Pendant quarante ans, un destin tout trace…
Elle en a 53 aujourd’hui, et c’est elle qui est rongee, percluse de douleur par l’arthrose. Chantal a ete declaree invalide et touche une pension. Elle vient de s’offrir une maisonnette, a la sortie de Charleval, car elle ne supportait plus ses voisins. „Je ne pensais pas qu’a mon age, je pouvais obtenir un credit”, confie-t-elle. Sans les conseils de son fils, elle n’aurait pas ose.
Pendant quarante ans, les entreprises ont recrute ainsi des familles entieres. Leurs enfants n’ont pas poursuivi d’etudes, puisque leur avenir etait assure et leur destin trace. „Beaucoup ne sont jamais sortis de la vallee et vivent en vase clos, souligne Jean Caussard, ancien president du groupement interprofessionnel, le Givape. Pour certains, Rouen, c’est l’aventure!”
Les restructurations des annees 1980 et 1990 ont completement bouleverse leurs reperes. Surtout lorsqu’elles ont frappe Sealynx, principal employeur depuis 1959, qui fabrique des joints d’etancheite en caoutchouc pour l’automobile.
„Pourvu que ca tienne…”
Les gens n’en parlent d’ailleurs qu’au passe. Pour eux, ce sont encore les Etablissements Mesnel, du nom du fondateur, un grand industriel. Il faut dire que, depuis 1997, l’entreprise a change plusieurs fois d’actionnaires et de denomination, toutes aussi impersonnelles, BTR Sealing Systems puis Metzeler Automotive Profile Systems. En 2007, nouveau changement de direction: Metzeler devient Sealynx Automotive. A chaque fois, des salaries sont restes sur le carreau. Ils sont 730 aujourd’hui, deux fois moins qu’il y a quinze ans.
Thierry Dudoit/ L’Express
Pauperisation. Tandis que les Restos du coeur, a Romilly-sur Andelle, viennent en aide a davantage de familles…
Entre-temps, ce sous-traitant a delocalise des ateliers en Roumanie, en Tunisie et au Maroc. „Nous fabriquons des pieces dont la finition est executee en low cost a l’etranger”, deplore Olivier Martin, de la Coordination democratique des travailleurs de Mesnel, un syndicat autonome.
Dans l’usine de Charleval, l’activite manque, en raison de la crise du secteur automobile. Depuis la fin de 2008, 30 a 40% des ouvriers sont en chomage technique deux jours par semaine. Ce qui ne rassure personne. „Pourvu que ca tienne…”, soupire-t-on. Si l’entreprise s’ecroule, c’est toute la vallee qui s’effondre. Les nouveaux patrons, des anciens cadres de la maison, n’ont pas voulu repondre a L’Express.
La delocalisation, les gens d’ici ont du mal a l’avaler. Ils en rendent les politiques responsables. C’est surtout leur impuissance qu’ils denoncent. „Les boites sont abreuvees d’aides publiques et ensuite elles partent a l’etranger, ce n’est pas normal”, tonne Bernard, ancien cadre a la retraite.
Jean-Claude Remy, maire apparente UMP de Fleury-sur-Andelle, le chef-lieu de canton, decrypte: „Quand Sealynx a failli fermer, une cellule de revitalisation a ete montee avec l’aide de la prefecture pour accompagner les licencies. Les gens ont cru que Sarkozy pouvait etre un sauveur. Ils se sont rendu compte qu’il n’avait pas les moyens de s’opposer aux transferts des ateliers.”
Le desenchantement du „travailler plus pour gagner plus”
„Travailler plus pour gagner plus”? Une autre desillusion. Les ouvriers ne demandaient qu’a y croire. Faute de nouvelles commandes, beaucoup de societes n’ont meme pas pu leur proposer des heures supplementaires. D’autres ont donne du temps plutot que de l’argent. C’est le cas de l’entreprise qui emploie l’ex-mari de Karine, conducteur d’engins. „Depuis qu’il a perdu ses heures sup, il ne paie plus la pension alimentaire”, confie cette femme divorcee de 34 ans. Avec ses deux enfants a charge et les 600 euros de traite pour son logement de Romilly, Karine n’a plus le choix: depuis six mois, chaque semaine, elle se rend au Restos du coeur.
Cela ne devrait pas durer. Grace a son BTS de secretariat, elle vient de signer son premier CDI dans une entreprise de batiment de cinq personnes, installee a Louviers, a 25 kilometres. Jusqu’alors, elle alternait les missions en interim. Sans permis de conduire, elle n’aurait jamais deniche ce job. Hormis deux liaisons par jour vers Rouen, les transports en commun sont inexistants dans la vallee.
L’hiver, pour transporter les personnes au centre des Restos du coeur a Romilly, les communes de Charleval et de Vandrimare mettent a disposition des minibus. Tous les mardis, ils sont pleins. Ce 27 avril debute le service d’ete. Bien avant l’ouverture, une dizaine de personnes se pressent devant la porte. Que des femmes, ou presque. „Les hommes ont honte”, glisse l’une d’elles.
Certains, effectivement, attendent leur epouse sur le parking… On y croise des jeunes sans qualification, des meres seules avec enfants, une quinquagenaire atteinte d’une sclerose en plaques, un grand-pere qui s’occupe de son petit-fils rejete par ses parents… Beaucoup de nouveaux. „Je suis epouvantee par le nombre de demandes. En ete, on est censes seulement depanner”, s’inquiete la responsable du centre, Colette Durieu, 74 ans, une ancienne restauratrice. Deja, l’hiver dernier, la hausse n’a jamais ete aussi elevee: 18% de beneficiaires de plus.
En cause: la suppression des petits boulots et le cout de la vie qui ne cesse de grimper. „Pour soutenir tout le monde, je vais devoir reduire les quantites de nourriture”, prevoit deja Colette Durieu.
Thierry Dudoit/ L’Express
… les agriculteurs disparaissent. Regis Figereu est monte a Paris pour manifester. Il a accroche ce panneau signalant la fin de Charleval sur son tracteur, avec l’accord du maire.
Ce meme jour, Regis Figeureu, lui, est monte a Paris pour manifester. Sur son gros tracteur, il a accroche, avec la permission du maire, le panneau signaletique qui indique la fin de Charleval. Tout un symbole: il n’y a plus que trois agriculteurs dans le bourg – les trois autres n’ont pas trouve de successeur.
A 48 ans, Regis exploite 155 hectares, essentiellement semes de cereales, et eleve 46 vaches laitieres. L’un de ses fils prepare un bac pro agricole dans l’idee de l’aider, puis de lui succeder. „Je prefererais qu’il travaille ailleurs, en attendant des jours meilleurs. Je ne peux pas le remunerer”, confie son pere. Regis a recemment du licencier son ouvrier a mi-temps, sinon c’etait la clef sous la porte. „Je ne demande qu’a vivre de mon travail”, s’indigne-t-il.
Dans l’Eure, les revenus des cerealiers ont chute de 97% l’an dernier, le cours du lait a plonge. En octobre, l’Etat a decrete un plan d’aide aux agriculteurs, comprenant la possibilite d’obtenir des prets a taux bonifies. La tresorerie de Regis est tellement tendue que la banque lui a refuse tout credit. Regis gagne moins de 1 000 euros par mois.
Meme la „riche” Lyons-la-Foret…
Les elus locaux font le maximum pour sauver ce qui peut l’etre. A Charleval, la creation d’un village d’artisans a permis de maintenir 50 emplois et le service de la perception. Grace a la taxe professionnelle de Sealynx (1 million d’euros), la municipalite a installe une antenne touristique, un conservatoire de musique, un office de la jeunesse et soutient une trentaine d’associations. „La communaute de communes a developpe les services de proximite que les bourgs ne pouvaient pas se payer”, indique Jacques Poletti, conseiller general (PS). Creches, haltes-garderies, aides aux personnes agees…
Thierry Dudoit/ L’Express
Boulangere a Lyons-la-Foret, Myriam livre le pain, mais aussi le journal local et des mediacaments, dans les villages du canton: tous ont perdu leurs petits commerces.
A quelques kilometres commence le canton de Lyons-la-Foret, bijou normand entoure de bois magnifiques et de grands animaux. Pour les habitants de l’Andelle, ce sont les „riches” qui habitent ici, parce que des Parisiens y possedent une residence secondaire. Dans les villages, pourtant, pas un commerce. C’est Myriam, 37 ans, de la boulangerie de Lyons, qui livre le pain chez les particuliers.
Des retraites, essentiellement, loin d’etre aises, qui l’attendent tous les matins a l’heure pile devant leur porte. „Mimi” apporte aussi les medicaments et le journal local. Sans cette femme energique et enjouee, certains ne verraient personne. Il y avait une quinzaine d’entreprises a Lyons. Elles ont disparu.

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Postat de pe data de 18 mai, 2010 in categoria România în lume. Poti urmari comentariile acestui articol prin RSS 2.0. Acest articol a fost vizualizat de 1,168 ori.

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