Alors qu’il suivait une formation d’éducateur à l’école d’Etcharry, Bruno Cazenave a réalisé sa première expérience dans un orphelina de Roumanie, en 1993. Marqué au fer rouge, il ne lui faudra pas plus d’un an pour réitérer l’expérience avec son compagnon de voyage, et créer l’association Enfance de l’Est, un projet en faveur des pauvres et des jeunes de la rue de Roumanie. Là-bas, dans le département du Bihor, au Nord Ouest du pays, il s’est frotté de près à la réalité des Roms. Tandis que les expulsions se poursuivent, il a accepté de nous livrer son témoignage sur leur retour au pays.

Au cours de l’hiver 1989-1990, après la chute du Mur de Berlin, de tous les pays de l’Est ayant renversé le régime communiste, la Roumanie a été le plus médiatisé de part sa violence -chute de Ceaucescu-. Les orphelinats notamment, étaient mis au-devant de la scène. J’ai voulu aller travailler là-bas. Il s’agissait d’enfants abandonnés bien sûr, mais aussi de familles extrêmement pauvres. Pour les aider, nous avons décidé par la suite de monter une petite association, sans intermédiaire, pour amener nous-même du matériel et surtout un soutien psychologique. Aujourd’hui, nous sommes une petite dizaine à soutenir deux lieux d’accueil. Le premier abrite 21 orphelins, et le second une dizaine de jeunes adolescentes, dont un peu moins de la moitié sont d’origine Rom.

Ségrégation, racisme, comme dans l’ensemble des pays à l’Est de l’ex-rideau de fer, ils sont accusés de tous les maux de la société. En Roumanie, leur situation est catastrophique. Ils sont véritablement maltraités, notamment par la police. Entre 80 et 90 % des personnes emprisonnées là-bas sont d’origine Roms. Ils n’ont pas le droit à une justice équitable, et sont mis au ban de la société. En terme d’éducation, les rares programmes qui fonctionnent sont tenus par des étrangers, car dans les écoles roumaines, les enfants Roms ne sont pas les bienvenus. Il y a dix ans, ils étaient encore considérés comme anormaux dans les campagnes, et devaient être intégrés dans des établissements spécialisés qui accueillaient les enfants déficients mentaux.

Comment vivent-ils ? Sont-ils sédentarisés ?

Oui, en grande majorité. Ils ont été sédentarisés de force par le communisme. Sur les 10 ou 12 millions de Roms que l’on recense en Europe, seulement 2 % d’entre eux sont du voyage. Depuis l’entrée du pays dans l’Europe, s’ils partent, c’est pour aller chercher de meilleures conditions de vie, plus de moyens. Ici, on ne détruit pas leur camp, mais on les laisse à l’extérieur des villages. En Transylvanie, dans un village proche de là où nous intervenons, leur camp se trouve de l’autre côté d’une voie ferrée. Ils vivent dans des conditions insalubres. Ils ont bâti des petites maisons en terre ou en brique, sur un terrain dont ils ne sont même pas propriétaire et d’où ils peuvent être expulsés à tout moment. Ils se sont branchés sur l’électricité du village, mais n’ont pas d’eau courante, seulement quelques puits qu’ils ont creusés. En tout et pour tout, les familles n’ont qu’une pièce de 20 m2 pour tout faire. Ils vivent de récupération de ferrailles ou de la mendicité, car personne ne les embauchera. Dès 10-11 ans on les met à contribution dans cette lutte pour la survie.

Je suis très inquiet de cette prise de position. Qu’on leur reproche d’être en situation irrégulière au regard des lois européennes est une chose. Qu’on les expulse en faisant un amalgame entre Roms et délinquance est inacceptable. C’est une politique de xénophobie et une méconnaissance de leur culture et de leur histoire. La négation d’un peuple dont les premières traces datent du XIIIe siècle, et qui a subi l’esclavagisme jusqu’à la fin du XIXe siècle (1 866 pour la Roumanie), avant d’être victime de la politique d’extermination d’Hitler (de 600 000 à 1million de Roms auraient péri). Qui s’intéresse à leur langue, leur musique, leur talent d’éleveur de chevaux ? Le plus grave pour moi, c’est que le gouvernement ouvre une brèche pour les autres pays. C’est la porte ouverte pour l’ensemble des pays européens, notamment la Bulgarie et la Roumanie où ils sont les plus nombreux, pour continuer à les maltraiter. Derrière, l’Espagne et l’Italie quant à elles, sont évidemment prêtes à s’engouffrer dans la brèche…

J’ai assisté au retour d’un camp de Roms qui avait été expulsé d’Irlande l’été dernier. Pour les mêmes raisons que celles qui les poussent en France, ils étaient venus améliorer leur avenir et celui de leurs enfants. Dans un premier temps, ils ont bien été accueillis par la population irlandaise, alors en demande de main-d’oeuvre. Mais avec l’arrivée de la crise, il a été décidé de les renvoyer dans leur pays d’origine en avion. A l’aéroport de Timisoara, sur le sol Roumain, ils ont été accueillis par l’armée et la police, qui les a encadrés tout le long du chemin de l’autobus qui les conduisait jusqu’à l’entrée de leur camp.

Très prochainement. Nous avons en tête de monter des microstructures, des petits magasins qui emploieraient des jeunes en situation très difficile ou en rejet. Là-bas, les jeunes des rues sont dans la même situation que les Roms.

Read the article on Le Journal du Pays Basque

„La politique vis-à-vis des Roms est discriminatoire”

Alors qu’il suivait une formation d’éducateur à l’école d’Etcharry, Bruno Cazenave a réalisé sa première expérience dans un orphelina de Roumanie, en 1993. Marqué au fer rouge, il ne lui faudra pas plus d’un an pour réitérer l’expérience avec son compagnon de voyage, et créer l’association Enfance de l’Est, un projet en faveur des pauvres et des jeunes de la rue de Roumanie. Là-bas, dans le département du Bihor, au Nord Ouest du pays, il s’est frotté de près à la réalité des Roms. Tandis que les expulsions se poursuivent, il a accepté de nous livrer son témoignage sur leur retour au pays.

Au cours de l’hiver 1989-1990, après la chute du Mur de Berlin, de tous les pays de l’Est ayant renversé le régime communiste, la Roumanie a été le plus médiatisé de part sa violence -chute de Ceaucescu-. Les orphelinats notamment, étaient mis au-devant de la scène. J’ai voulu aller travailler là-bas. Il s’agissait d’enfants abandonnés bien sûr, mais aussi de familles extrêmement pauvres. Pour les aider, nous avons décidé par la suite de monter une petite association, sans intermédiaire, pour amener nous-même du matériel et surtout un soutien psychologique. Aujourd’hui, nous sommes une petite dizaine à soutenir deux lieux d’accueil. Le premier abrite 21 orphelins, et le second une dizaine de jeunes adolescentes, dont un peu moins de la moitié sont d’origine Rom.

Ségrégation, racisme, comme dans l’ensemble des pays à l’Est de l’ex-rideau de fer, ils sont accusés de tous les maux de la société. En Roumanie, leur situation est catastrophique. Ils sont véritablement maltraités, notamment par la police. Entre 80 et 90 % des personnes emprisonnées là-bas sont d’origine Roms. Ils n’ont pas le droit à une justice équitable, et sont mis au ban de la société. En terme d’éducation, les rares programmes qui fonctionnent sont tenus par des étrangers, car dans les écoles roumaines, les enfants Roms ne sont pas les bienvenus. Il y a dix ans, ils étaient encore considérés comme anormaux dans les campagnes, et devaient être intégrés dans des établissements spécialisés qui accueillaient les enfants déficients mentaux.

Comment vivent-ils ? Sont-ils sédentarisés ?

Oui, en grande majorité. Ils ont été sédentarisés de force par le communisme. Sur les 10 ou 12 millions de Roms que l’on recense en Europe, seulement 2 % d’entre eux sont du voyage. Depuis l’entrée du pays dans l’Europe, s’ils partent, c’est pour aller chercher de meilleures conditions de vie, plus de moyens. Ici, on ne détruit pas leur camp, mais on les laisse à l’extérieur des villages. En Transylvanie, dans un village proche de là où nous intervenons, leur camp se trouve de l’autre côté d’une voie ferrée. Ils vivent dans des conditions insalubres. Ils ont bâti des petites maisons en terre ou en brique, sur un terrain dont ils ne sont même pas propriétaire et d’où ils peuvent être expulsés à tout moment. Ils se sont branchés sur l’électricité du village, mais n’ont pas d’eau courante, seulement quelques puits qu’ils ont creusés. En tout et pour tout, les familles n’ont qu’une pièce de 20 m2 pour tout faire. Ils vivent de récupération de ferrailles ou de la mendicité, car personne ne les embauchera. Dès 10-11 ans on les met à contribution dans cette lutte pour la survie.

Je suis très inquiet de cette prise de position. Qu’on leur reproche d’être en situation irrégulière au regard des lois européennes est une chose. Qu’on les expulse en faisant un amalgame entre Roms et délinquance est inacceptable. C’est une politique de xénophobie et une méconnaissance de leur culture et de leur histoire. La négation d’un peuple dont les premières traces datent du XIIIe siècle, et qui a subi l’esclavagisme jusqu’à la fin du XIXe siècle (1 866 pour la Roumanie), avant d’être victime de la politique d’extermination d’Hitler (de 600 000 à 1million de Roms auraient péri). Qui s’intéresse à leur langue, leur musique, leur talent d’éleveur de chevaux ? Le plus grave pour moi, c’est que le gouvernement ouvre une brèche pour les autres pays. C’est la porte ouverte pour l’ensemble des pays européens, notamment la Bulgarie et la Roumanie où ils sont les plus nombreux, pour continuer à les maltraiter. Derrière, l’Espagne et l’Italie quant à elles, sont évidemment prêtes à s’engouffrer dans la brèche…

J’ai assisté au retour d’un camp de Roms qui avait été expulsé d’Irlande l’été dernier. Pour les mêmes raisons que celles qui les poussent en France, ils étaient venus améliorer leur avenir et celui de leurs enfants. Dans un premier temps, ils ont bien été accueillis par la population irlandaise, alors en demande de main-d’oeuvre. Mais avec l’arrivée de la crise, il a été décidé de les renvoyer dans leur pays d’origine en avion. A l’aéroport de Timisoara, sur le sol Roumain, ils ont été accueillis par l’armée et la police, qui les a encadrés tout le long du chemin de l’autobus qui les conduisait jusqu’à l’entrée de leur camp.

Très prochainement. Nous avons en tête de monter des microstructures, des petits magasins qui emploieraient des jeunes en situation très difficile ou en rejet. Là-bas, les jeunes des rues sont dans la même situation que les Roms.

Read the article on Le Journal du Pays Basque

Postat de pe data de 14 sept., 2010 in categoria România în lume. Poti urmari comentariile acestui articol prin RSS 2.0. Acest articol a fost vizualizat de 350 ori.

1 Raspuns pentru “„La politique vis-à-vis des Roms est discriminatoire””

  1. Il semble que vous soyez un expert dans ce domaine, vos remarques sont tres interessantes, merci.

    – Daniel

Publica un raspuns