note de fevrier 2010 Nous comprenons l’anglais. Au moins partiellement (celui de Dylan est bien trop jonglerie). Nous connaissons les paroles quasi par coeur. Alors a quoi sert la traduction ? Peut-etre seulement au dialogue. Rester a distance, mais zoomer sur des enjeux, decouper des plans, faire exister un petit bout de monde a travers notre langue a nous. Ne pas traduire, mais raconter a la fois un peu de l’histoire, et la facon dont lui il la tord. Depuis 3 ans, je lis systematiquement les autres entreprises de traduction Dylan. C’est pas mieux que pour Holderlin. Je crois le plus important, c’est de rester a sa propre place : dire comment ici, pour soi-meme, cela resonne. Lire le travail de Jacques Darras sur Ginsberg, ou l’histoire des traductions de Joyce. En fait, c’est peut-etre ca le probleme : que Dylan est trop reellement, trop immensement artiste. Donc voila, pour ceux que ca choque : ci-dessous, je ne traduis pas. Juste, j’ecoute. note de mai 2007 Apres les Rolling Stones en 2002, et Led Zeppelin en 2004, France-Culture m’a propose de travailler avec Claude Guerre a un feuilleton Bob Dylan : 15 fois 20 minutes, non pas pour derouler les chansons, mais ouvrir aux questions, tenter d’approcher l’enigme. Diffusion prevue fevrier 2007, avant-premiere avec Jacques Bonnaffe et Claude Guerre en performance Maison de la Poesie (Paris) le 21 decembre. ATTENTION : les materiaux presentes ci-dessous n’appartiennent pas au feuilleton, mais seulement au chantier preparatoire personnel, et n’auront pas d’autre existence que sur ce site, personnel aussi. quelques propositions pour une nouvelle traduction de Bob Dylan ( Ballad of a thin man, Desolation Row, Political World, Tangled up in blue…. ) Bien sur, pour approcher Bob Dylan, la necessite de se confronter directement au texte, a sa marche narrative, tenter de designer l’enigme des images… Ci-dessous deux exemples de ce qu’on a a chercher, et les obstacles qu’on affronte : It’s allright Ma (I’m only bleeding) et Stuck inside Mobile with Memphis blues again… Alors, imaginer lorsqu’on rentre dans Visions of Johanna ou Desolation Row . Et penser aussi la structure globale du chemin de Dylan : je mets en troisieme position Political world , un Dylan tardif : qu’est-ce qui change ? Ma propre proposition pour le sommet du non traductible : Ballad of a thin man bien sur, l’hommage Kafka. Aucun prof d’anglais ne sera d’accord (mais justement…), et d’autres. Ce dimanche 26 novembre, je rajoute au bout Allee de la Desolation , je tente. It’s allright Ma (I’m only bleeding) Et si Dylan etait impossible a traduire parce que le texte meme naissait pour la chanson : associations libres du sens, mais forgees sur une hallucination en echo amont du monde, meme pas besoin d’images, mais comme l’ecran ou on pourrait les tendre. L’obligation de parler vite, l’obligation d’etre obsessif, l’obligation d’eclats tranchants : dans la version chantee par Dylan, le heurt des mots a vitesse plus grande que la guitare, et l’appui sur le dernier mot de la strophe. Donc je ne traduis pas, et meme : se refuser a comprendre, ne pas obeir. Il y a juste des reperes a investir, et conditionner la langue a etre la dans cet endroit ou on pourrait la hurler pareil. Au bout de mes mots ici, je peux non pas chanter mais dire Dylan. Les mots anglais sont brefs, avec forte proportion de monosyllabes : mais si je l’investis avec mes pattes de prose, j’ai le droit de mettre deux mots francais longs a dire vite en compressant, pour retrouver la percussion anglaise. Et moi, si quarante ans apres, j’y passe un dimanche, dans les mots impossibles, qu’est-ce que je peux y gagner, qu’est-ce que je vais forcement manquer ? Si Dylan est grand c’est qu’ainsi a quarante ans de distance un e voix, un rythme et trois rimes peuvent vous obseder, aller jusqu’a vous pousser, sinon dans le vide ou on bascule, dans une etrange frange ou on dirait que c’est le bord du monde qu’on a deplace. Et il a assez d’arrogance, de mechancete meme, a cette epoque precise, pour vous lancer la, ou plus de recours. Et si nous voulons le ramener a notre langue, de quel ecart devons-nous partir, sinon pour le prononcer, juste pour le rejoindre ? la nuit en plein midi des ombres sur l’argent mon couvert d’argent la lame forgee main, mon ballon de gosse et l’eclipse sur le soleil et la lune pour comprendre mais trop tot essayer a quoi bon si toi tu le sais ECLIPSE ca va maman ca va c’est juste juste que je suis blesse blesse ca saigne un peu tu vois menaces en pleine poitrine, et le mepris pour bluff tes remarques suicides ils s’en torchent comme l’idiot sa bouche en or les cuivres et fanfares des mots pour rien pour juste prevenir avertir que celui qui n’est plus occupe a naitre deja s’occupe de mourir MOURIR tentations partout de l’autre cote de ma porte tu acceptes, te voila pousse dans leurs guerres regarde comme gronde a torrents la pitie meme gemir, gemir n’est plus rien maintenant tu t’apercois tu n’est plus que cela juste un de plus, un de plus a pleurer PLEURER alors pas peur si tu entends pas peur ma voix a ton oreille etrangere ca va maman, ca va bien je soupire, juste je soupire un peu tu vois quand on vous dit ici victoire, ici defaite les raisons perso les grandes les petites on les voit dans les yeux de ceux qui voudraient qu’on fasse ramper ceux qu’on devrait tuer mais ceux, ceux qui vous disent qu’on ne doit rien hair que la haine LA HAINE les mots de la desillusion aboient comme des balles les dieux que se donnent les hommes tirent a cible ils ont tout essaye, des fusils d’enfants qui font le bruit des vrais et les sainte vierge fluo qui clignotent dans la nuit y a vraiment pas besoin d’aller regarder loin pour savoir qu’il n’y a plus rien de sacre VRAIMENT SACRE ce sont les precheurs des destins restreints ce sont les professeurs de la connaissance seulement demain rien n’apprendre que ce qui pese en bonnes plaques fric s’il y a eu la bonte elle est encagee mais ils devraient le savoir les presidents les puissants que meme eux parfois parfois sont a poil A POIL entre nous c’est comme le code de la route ca devrait etre ecrit c’est juste un jeu, et ceux que plutot on devrait fuir ca va, maman, ca va bien : j’y arriverai leur pub a te rendre con ils te trompent ils voudraient que tu crois que c’est toi le roi qui fera ce qui jamais ne fut fait qui gagnera ce qui jamais ne fut gagne pendant ce temps-la tout continue comme avant regarde autour de toi REGARDE tu te perds, tu te retrouves avant de le savoir que rien pour avoir peur t’es la tout seul, plus personne qui vient pres alors tu l’entends, la voix un peu loin, la voix pas claire quelque chose grince dans tes oreilles assourdies quelqu’un la-bas croit qu’enfin il te trouve TE TROUVE ca s’allume dans tes nerfs c’est une question pourtant tu sais bien : pas de reponse jamais pas de satisfaction rien qui assure qu’on ne laissera pas tout tomber que tu te souviendras, que tu n’oublieras pas que ce n’est pas a elle ni a eux ni a rien que tu appartiens APPARTIENS et que les puissants fassent leurs lois pour les sages comme pour les fous y a pas de quoi, maman, avoir le cœur a la fete pour ceux qui croient encore devoir obeir a une autorite pour laquelle il n’y a plus respect qu’ils meprisent leur boulot, meprisent leur destinee c’est facile d’etre jaloux de ceux qui plus loin sont libres parce qu’ils font pousser des fleurs histoire histoire de croire qu’on est ici quelque chose QUELQUE CHOSE et vous avec les principes de votre bulletin de bapteme avec vos distributions des prix vos estrades vos assoces vos reunions rien que des masques et des qu’ils sortent ils se moquent dans leur dos rien qui en sort, juste la derniere idole et que votre bon dieu la benisse LA BENISSE alors oui celui qui chante sa langue elle en brule a gargouiller dans leurs chorales de rats aux coups tordus aux corps informes des tordeurs du monde moi je m’en fous de grimper tout ca d’un cran je prefererais bien le droit de rester dans mon trou la d’ou je viens MON TROU je ne leur souhaite pourtant pas de mal ni reproche a ceux qui se sont bati leurs beaux caveaux ca va, maman, ca ira meme si je ne leur plais pas les concierges les vieilles regardent les jeunes couples sexe en berne sexe limite elles oseraient te balancer leur morale de merde, l’insulte et comme elles biglent l’argent ne parle pas, mais veut qu’on se prosterne c’est obscene, mais tout le monde s’en fout propagande, c’est bidon BIDON et ceux qui defendent ce qu’ils ne peuvent meme pas voir avec un orgueil de tueur parlent d’insecurite ca me fiche en l’air, froid dans le dos tous ceux qui croient qu’etre honnete a mort les protegera de la mort de travers la vie quelquefois la vie c’est bien solitaire SOLITAIRE moi dans mes yeux je les vois les cimetieres bourres de dieux faux je la racle cette mesquinerie qui joue au dur ils m’ont mis des menottes je fais marche arriere ils fichent un coup dans les jambes me fichent par terre bon ca va, ca suffit je leur dis qu’est-ce que vous avez d’autre a m’offrir M’OFFRIR et si mes vrais reves se voyaient dans le couloir de la mort ils me mettraient mon cou sous la lame, maman, c’est ca vivre rien que vivre un peu tu vois Stuck inside Mobile with Memphis blues again C’est a cause de Shakespeare croise dans la rue. Je ne suis pas alle a Mobile, Alabama, mais Dylan n’y etait pas alle non plus. Sur le site Internet du comite de tourisme, Mobile, Alabama, vante ses plages et ses bals, le golfe du Mexique, ses poissons et ses attractions. Il y a la majuscule, mais c’est le nom commun mobile qui percute le titre : coince dans un mobile, et tout bascule. Alors ce n’est plus de Memphis qu’on a la nostalgie, mais de la forme musicale qui s’appelle le blues, de la meme facon qu’on est enferme dans la musique d’apres le blues, la musique des savants a tout jouer de Nashville, les types auxquels on ne parlera pas, auxquels on n’enverra meme pas le disque une fois fini (mais ils remercieront : on a mis leur nom sur la pochette, ce n’est pas si frequent). Et Shakespeare marche dans la rue, on voit le depute ( senator ), le cure ( preacher ) et vous vous voyez, vous, plante de tous les titres des journaux de ce matin sur la poitrine toute nue avec une agrafeuse ? Je ne sais pas pourquoi la fille perdue est francaise, ni pourquoi ce SDF dessine un cercle (dessine pour de vrai, et pas parce qu’il tourne en rond) autour des maisons, ni ce qui se passe dans ce bordel pres du lac avec valse romantique et fille promise. Ce qui est sur, c’est que Shakespeare est passe dans la rue et qu’apres lui toute la ville est detruite. Dylan avait meuble sa maison d’Hi Lo Ha non pas de toute une bibliotheque (meme s’il lit et lit), mais d’un vieux reve de livres d’art : plein de livres d’art, toute une piece de livres d’art. On dirait Chirico. La ville detruite s’assemble en geometries parfaites, des types grimpent la-dessus et lui il s’y assoit pour attendre. On lui a demande, a Dylan : — Les images de la ville sont plus presentes ? Il repond : — C’est parce qu’a cette epoque-la je regardais trop la tele. Shakespeare a trois grelots. Rebondissements : voyage etrange. Mobile est aujourd’hui le paradis des sosies d’Elvis et des imitateurs des Beatles. Elvis y a joue la premiere fois les 4 et 5 mai 1955. Sa chanson Guitar man c’est l’histoire d’un type qui vient en auto-stop de Memphis, qui essaye qu’a Mobile on le laisse jouer de la guitare quelque part, il se fait refouler. Situation biographique pour Dylan a Denver : juste six ans plus tot. Dans la chanson d’Elvis il y a meme la reference a Panama, et le bar ou on danse. On est debut 1966, Dylan enregistre dans la ville ou Elvis enregistre, dans le studio que vient de quitter Elvis, avec les musiciens d’Elvis. Comment Dylan ne penserait-il pas a Elvis ? J’ai cru d’abord qu’il fallait interpreter ce texte comme un hommage secret et mais direct a Elvis : mais non. Lui, c’est trois ans plus tard, qu’Elvis reviendra dans ce meme studio, et enregistrera Guitar Man , lui aussi, une chanson avec Mobile et Memphis. Mais chez Elvis il n’y a pas Shakespeare. Oh le clodo dessine des cercles Tout autour des immeubles Je lui ai demande mais y a une raison Pourtant je savais qu’il ne dirait rien Les dames etaient gentilles avec moi C’etait meme bandant vraiment Mais au fond trefonds de moi-meme J’ai compris qu’echapper non Oh maman tu crois que c’est comme ca la toute fin D’etre coince la dans Mobile Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes. Ouais j’ai vu Shakespeare il passait dans la rue Avec des chaussures pointues et trois grelots Parlant a une touriste francaise Qui lui disait qu’elle me connaissait bien Je voudrais bien l’envoyer ce message Savoir ce qu’elle a raconte Mais le bureau de poste a ete cambriole Et la boite aux lettres fermee a cle. Oh maman tu crois que c’est comme ca la toute fin D’etre coince la dans Mobile Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes. Mona Joconde m’a dit Ne va pas sur les rails Tous les types des trains Boivent ton sang comme du vin J’ai repondu : — Mais je savais pas ca Enfin, j’en ai connu qu’un Et il m’a juste fume les paupieres Et pique ma clope. Oh maman tu crois que c’est comme ca la toute fin D’etre coince la dans Mobile Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes. Grand-pere est mort la semaine derniere Maintenant enterre dans la montagne Mais tous ils le disent encore Choques mechamment ils disent. Mais moi je m’y attendais je le savais Demence senile Quand il a fichu le feu en pleine rue Et s’est mis a tirer dessus. Oh maman tu crois que c’est comme ca la toute fin D’etre coince la dans Mobile Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes. Le depute est passe Montrant a tout le monde son pistolet Distribuant les invitations a l’œil Pour le mariage de monsieur fils. Et moi pour un peu qu’ils m’arretaient Ce serait bien de moi ca D’etre attrape sans billet Juste la cache sous le camion. Oh maman tu crois que c’est comme ca la toute fin D’etre coince la dans Mobile Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes. Et le cure ca lui en bouchait un coin Quand je lui ai demande pourquoi Habille en gros titres de journaux vingt kilos Bien agrafes sur les tetons. Mais il m’a traite quand je le lui ai prouve Alors je lui ai dit : — T’as rien que tu puisses cacher, Tu vois t’es fait juste comme moi Et j’espere que ca te va. Oh maman tu crois que c’est comme ca la toute fin D’etre coince la dans Mobile Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes. L’homme poudre a pluie m’a refile deux pilules Il m’a conseille : — Vas-y lance toi. La premiere une sorte de truc du Texas Et la deuxieme juste du gin de poivrot. Comme un idiot je les ai melanges Ca m’a etrangle la cervelle Les gens je les trouve pas beaux meme tres laids Et j’ai perdu le sens du temps. Oh maman tu crois que c’est comme ca la toute fin D’etre coince la dans Mobile Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes. C’est Ruthie qui m’avait dit de venir la voir Dans son bordel pres du lac J’aurais droit de la voir danser gratis La valse « sous la lune du Panama » Et elle : « Une debutante pour toi, elle sait juste ce dont t’as besoin Et moi parfaitement ce que tu veux ». Oh maman tu crois que c’est comme ca la toute fin D’etre coince la dans Mobile Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes. Maintenant les briques etalees sur la rue principale Et les fous de neon grimpent la-dessus Ca s’est effondre de facon si parfaite C’etait calcule pile poil Alors moi je me suis assis la tranquille Je me disais que je saurai bien le prix A payer pour en finir De vivre tout ca deux fois. Oh maman tu crois que c’est comme ca la toute fin D’etre coince la dans Mobile Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes. Political World Dans le corpus immense des chansons de Dylan, l’interessant c’est les recurrences, heritees des plus anciennes categories de ce qu’il decouvre a Minneapolis, ou dans le repertoire de Woody Guthrie. Des les « chansons qui montrent », la periode des chansons le plus directement politiques, ce qu’il affirme c’est son ecart : un vocabulaire matrice, qui definit un territoire, et ce territoire accueille toute revendication au monde, mais ne la formate pas. La reponse, ami, souffle avec le vent. Ceux qui ont accuse Dylan de delaisser le terrain directement politique ont sans doute sous-estime son intuition, et la fixite meme du territoire ou il garde les pieds ancres. C’est seulement un peu moins evident, parce que le statut personnel de symbole qu’on lui colle, et la facon dont lui le desamorce, conduit a une autre recurrence, l’idee d’une responsabilite personnelle et d’un rapport au desastre du monde ou il serait criminel de laisser penser qu’un nouveau heros (meme ces victimes heros des anciennes balades), une chanson ou une toile pourraient changer l’etat du monde. Et ce contenu revient y compris dans les entreprises les plus tardives, ainsi Political World , ou c’est la notion meme de politique, pourtant absente en tant qu’allusion directe, qu’on decortique : avec assez de place pour y loger toute la crise democratique. Le probleme de qui veut rendre Dylan, c’est ce jeu de construction par discontinuites et assonances. L’appui est sur deux mots : we et political. Nous, oppose a politique par l’experience de s’y comporter, le verbe vivre. J’ai choisi d’eclater la proposition initiale, et renforcer la liaison world et political : de politique monde, ou politique n’est plus adjectif en francais, dans cet ordre, le restituer comme adjectif via l’adverbe qui rend l’anteposition : monde trop politique. Et le on vit qui manque, l’inserer dans la coupe entre les deux versants opposes du couplet. Tout retombe en place. A nous alors de jouer plutot des registres semantiques que du sens de toute facon sans cesse mis en cause par Dylan : lieux presque communs detournes de syntagmes pris a la vie ordinaire, a transposer. Et decouvrir que le jeu d’assonances, chez lui, ce n’est pas seulement les rimes du chanteur, mais l’echo et la variation parfois sur un seul binome de consonnes, un p et un l, un jeu sur un repetition de f : rien de neuf a qui sait vaguement pourquoi il appelle sa Fender Stratocaster Rimbaud. A nous d’aller re-enclaver ce qui se dit la a nos contenus d’aujourd’hui, les billets d’avion pour l’autre bout du monde sur Internet, la disparition des visages dans l’image normalisee et televisee des puissants, mais la re-enclaver aussi dans les schemas que nous meme chargions autrefois de contenus plus directs, dans Dylan premiere periode : a trente ans de distance, les mots sont les memes. Dans notre monde trop politique L’amour tu crois qu’il aurait place On vit Aux temps ou l’homme accomplit des crimes Et le crime n’a pas de visage Dans notre monde trop politique Concretions glaciaires dans l’atmosphere On vit Sous des cloches de noce et le chant des anges Mais des nuages opaques sur le sol Dans notre monde trop politique Le bon jugement on l’enferme On vit Comme dans une cellule pourrie, egare c’est enfer Et permise a personne la piste ou s’enfuir Dans notre monde trop politique La pitie l’enjambe sur une planche On vit Dans une vie de miroirs, la mort ils l’effacent Elle grimpe aux marches de la banque d’a cote Dans notre monde trop politique Le courage c’etait le modele de l’an dernier On vit Leurs fantomes dans nos maisons, les gosses une idee depassee Et demain pour toi peut-etre bien pas de demain C’est notre monde trop politique Tu peux le toucher tu peux le flairer On vit Mais personne pour piloter, le jeu est verole Et qui dirait que tout ca c’est pas vrai Dans notre monde trop politique Les villes sont de solitude et de peur On vit Mais vois comme lentement tu te replies Et pourquoi toi au milieu d’ici qui le saurait Dans notre monde trop politique On est sous le microscope On vit Voyages organises tu t’en vas ou tu veux On te laisse la bride au cou mais toujours au bout de la corde Dans notre monde trop politique Ca tourne ca bouillonne ca brille Ca vit A peine tu es reveille regarde on te montre Par ou c’est la sortie la plus facile Dans notre monde trop politique Il n’y a que la paix qu’on n’invite pas On vit Mais on la laisse frapper a la porte d’a cote Ou simplement cloue a la porte de la grange On vit dans un monde politique Propriete privee pour tout pour tous Le nom de Dieu Grimpe sur les toits escalade et crie-le Comment tu serais sur de ce que c’est Ballad of a thin man / Chant de l’homme qui s’efface Ramper jusqu’au lieu meme du texte, par tout ce qu’on en comprend, et tout ce qu’on peut extorquer d’images, de details, de syntaxes ou d’etymologies, de references et paralleles (l’art parataxique de Ginsberg n’a jamais ete pris en compte par les traducteurs des collections a bas prix, et notamment la traduction Seghers qui date de 30 ans et parfaitement naive ou sommaire). Et quand on est a l’extreme de ce qu’on a pu ramper sur le lieu meme du texte, tenter de se relever, s’extirper : un musicien dirait, juste jouer , devenir ce texte avec nos mots et nos images. Ce n’est pas une approche de la traduction ? Paradoxalement, c’est comme cela qu’on peut etre fidele. Voire meme : precis. Do you, mister Jones ? : c’est une chanson qui depuis quarante ans fait peur, un hymne, un sommet, pour la tension qui la traine de refrain a refrain, et la silhouette de Jones la derriere. Les commentateurs ne savent interroger qu’un element : qui est Jones ? Mais Jones c’est l’anonyme, c’est l’etre rien, c’est la silhouette en costume, la silhouette de l’homme mince, c’est le K de Kafka. Un roman de Dashiell Hammett en 1934 s’appelle The thin man , et Gertrude Stein vient d’en reprendre la figure dans son Autobiographie de tout le monde . Et Gertrude Stein, Bob Dylan a lu forcement, et certainement aussi son fameux How to write , toujours inedit en francais. Il cite plutot Scott Fitzgerald que Stein ou Kafka, mais Dylan connait (il l’a confirme) le Vieux saltimbanque de Baudelaire comme il connait le Champion de jeune de Kafka, il sait la recurrence du motif, dans son Journal , du narrateur qui rentre dans la piece et decouvre l’angoissant ou l’horrible : la reference a la loi dans le dernier couplet une allusion directe aux portes de la loi dans le reve de la cathedrale du Proces — c’est bien Kafka, qui est derriere ce chant de l’homme si mince qu’il s’efface, ballad of a thin man . D’autres ont vu dans cette chanson une reponse de Dylan lui-meme aux rituels vides des conferences de presse, ou la pression qu’exerce sur lui cette celebrite idiote, consideree depuis la solitude ou on se retrouve ensuite, dans la vie et dans le travail. Moi j’aime la convocation des vieilles demonstrations de fete foraine : dans les annees soixante on les promenait encore, on exhibait les monstres de baraque, les bricoles a deux tetes, ou comme on promenait dans les foires parait-il la jambe amputee Sarah Bernardt, rachetee par un Americain. Le genie de Dylan, c’est aussi de ne pas devoiler les sources. « J’ai seul la cle de cette parade sauvage », phrase de Rimbaud qu’il sait par cœur. Il developpe sa parade : l’homme entre dans sa chambre, un type est la, qui ne se definit que par sa question absurde, et le dialogue impossible. Alors il devient cette suite de figures, le trapeziste, le nain. Et le narrateur ensuite explore avec son corps disloque, sens par sens, sa chambre qui est vide : c’est une folie alors. Reste l’homme mince. Reste a dechiffrer ce qui n’est pas dechiffrable : allusions en miroirs, depli a l’infini, derriere l’avocat, les lepreux et les escrocs. A chacun d’en prendre pour son grade. T S Eliot est mort, mais pas Ezra Pound : ils se battent ensemble. tu rentres dans la chambre tu as ton stylo a la main tu vois un type tout nu tu demandes : c’est quoi, ca tu fais tout ce que tu peux et tu ne comprends meme pas qu’est-ce que tu dirais toi en rentrant chez toi parce qu’il se passe quelque chose ici mais toi tu ne vois pas quoi toi tu vois, ami Jones ? tu redresses la tete et tu demandes : — c’est vraiment comme ca et l’autre il tend son doigt sur toi : c’est comme ca toi tu dis : — il me reste quoi a moi un autre type dit : — moi c’est quoi toi tu dis : — oh bon dieu je suis vraiment si seul ici ? parce qu’il se passe quelque chose ici mais toi tu ne vois pas quoi toi tu vois, ami Jones ? tu donnes ton billet et tu vas voir le spectacle le monstre vient tout de suite sur toi des qu’il t’entend parler il dit : comment on se sent dans la peau d’un pareil sac toi tu dis : pas possible juste il te tend un bout d’os tu as pas mal de contacts chez les bucherons des bois ils te racontent ce qu’il en sera pour te guerir de tes imaginations mais plus personne pour avoir du respect ils sont deja la a attendre que tu remplisses le cheque deductible de vos revenus : don pour charite tu as frequente des professeurs et ils ont aime a quoi tu ressembles tu as vu les meilleurs avocats avocats pour parler des lepreux des escrocs tu as meme lu tout Scott Fitzgerald page a page tu as lu beaucoup de livres tout le monde le sait tiens, l’avaleur de sabre il approche devant toi il s’agenouille fait le signe de croix claque des talons puis direct il te demande comment on se sent il dit : je vous rends votre gorge merci pour le pret maintenant regarde ce borgne ce nain qui te crie : — maintenant ! et toi tu lui dis : — mais pourquoi ? lui : — comment ? toi : — ca veut dire quoi ? et lui : — espece de vache t’est bon qu’a traire ou rentre chez toi bon, tu rentres dans ta chambre avec des precautions de chameau et la tu flaires tu as les yeux jusque dans tes poches et tu rampes nez par terre il aurait du y avoir une loi pour t’empecher d’entrer la les mecs comme toi vaudrait mieux tellement mieux leur boucher mais boucher les oreilles Tangled up in blue / empetre jusqu’aux tripes « Qu’est-ce que vous pouvez trouver de bien a cette chanson, dit Bob Dylan, vu ce que je traversais quand je l’ecrivais ? » Se separer d’avec Sara, apres douze ans et quatre enfants, pas mal de voyages, et les quatre maisons de Woodstock, New York McDougal Street et Fire Island. Plus d’alcool et puis encore l’alcool, plus de concerts et maintenant a nouveau les concerts. Il y a tout cela et puis il y a Dante, qui passe. Les personnages sont fictifs : on dirait un film. Mais un film qu’on apercoit a la television, ou une seance du samedi soir, une seance pour se distraire. Ces personnages on les connait tellement d’avance, la fille qui bosse dans un bar en s’exhibant seins a l’air elle ne l’a pas choisi, son type qui fricote des trafics et l’entraine au desastre c’est une histoire qui serait tellement belle chez Selby (Hubert Selby Jr). Mais lui, le narrateur, c’est un paume un rate, qui fait cuistot dans les chantiers du grand nord (les grandes forets dy pays natal de Dylan : les memes bucherons qui passent dans A thin man, et ripe en derive et galere jusqu’a la Nouvelle-Orleans pour un boulot sur un chalutier, mais un qui ne s’eloigne pas trop des cotes. Et puis cette voiture en panne, et qu’on se separe dans la nuit. Il y a tout cela et puis il y a Dante, qui passe. On est revenu aux sources de la poesie. Des mots dans la nuit quittent le livre et viennent a vous. Et ces mots disent exactement ce que vous auriez a lui dire. Il y a la situation a trois, ou s’empetre le narrateur avec le couple : mais dans la vie, c’est lui qui l’impose a Sara. Il y a peut-etre, pour evoquer Dante, ces facons de saisir a vif, dans l’obscurite du monde, des etres pris dans l’intensite pure d’une douleur, alors isolee du temps. Jamais sinon Bob Dylan ne parlera de Dante, ni quand lu. Faut-il garder la couleur bleue, ou mettre en avant l’enracinement blues ? J’ai choisi. C’etait un matin de plein soleil Moi j’etais reste au lit Est-ce qu’elle changerait je me demandais Et si elle aurait encore les cheveux en rouge Ses copains disaient que notre vie a deux Sur ca devait racler sur les bords Les robes faites maison de Maman ca leur plaisait pas trop Et le compte en banque de papa bien trop maigre sur Et j’etais la sur le bord de la route La pluie tombant sur mes chaussures Tout droit parti vers les cote Est Oh sur j’en ai bave pour traverser tout ca Empetre jusqu’aux tripes Elle etait mariee quand je l’ai rencontree Elle serait bientot divorcee Je l’ai sorti de ses embrouilles je crois Mais peut-etre j’ai du tirer un peu fort On est parti en bagnole aussi loin qu’on a pu On l’a abandonnee quelque part dans l’Ouest On s’est separes c’etait une triste et sombre nuit D’accord tous les deux que c’etait mieux Elle s’est retournee pour me regarder Moi je partait de l’autre cote Je l’ai entendue dire par-dessus mon epaule On se retrouvera forcement en ville Empetre jusqu’aux tripes J’avais un boulot dans les grandes forets du Nord J’etais la-bas cuistot un temps Mais aimer ca non vraiment pas Et un jour la hache est juste tombee Je suis parti en derive jusqu’en Nouvelle-Orleans La ils m’ont donne un emploi Trimer sur un chalutier Juste en sortant de Delacroix Et tout ce temps moi j’etais tout seul Le passe accroche aux epaules Et des femmes j’en ai vu pas mal Mais elle ne n’est jamais sortie de la tete et je suis reste Empetre jusqu’aux tripes Elle travaillait dans un truc a seins nus J’etais juste entre pour une biere Je la voyais de cote je n’arretais pas de regarder Dans les projos le profil clair Bien plus tard et plus personne dans le bar Moi j’allais faire pareil Elle etait la juste posee pres de mon tabouret Elle me dit : — Tu me diras pas ton nom ? J’ai grogne quelque chose en soupirant Elle etudiait on dirait a quoi je ressemblais Je dois bien avouer que j’etais pas tres a l’aise Elle penchee sur moi a me relacer mes souliers Empetre jusqu’aux tripes Elle a allume un joint sur le gaz et m’a propose une taffe « T’as pas l’air du genre causeur » elle a dit « T’as meme vraiment l’air d’un silencieux » Alors elle a ouvert un livre de poemes Et me l’a tendu Des poemes d’un poete italien Du treizieme siecle crois-tu Et pas un des mots la-dedans qui sonnait faux Ils brillaient comme une braise Ca te coulait depuis les pages On aurait dit ca ecrit directement de mon ame juste de moi pour toi Empetre jusqu’aux tripes J’habitais chez eux rue Montaigue Un sous-sol en bas de l’escalier Il y avait de la musiques dans les bars le soir Un peu de revolution dans l’air Alors il commenca son trafic avec esclaves Et quelque chose en lui etait simplement mort Il a fallu qu’elle vende tout ce qui etait a elle Et dedans plus rien que la banquise Quand ils ont touche le fond finalement Moi aussi j’ai ete attrape La seule chose que j’avais a faire je savais C’etait de continuer comme un oiseau qui vole Empetre jusqu’aux tripes Alors maintenant que je reviens une fois de plus Il faut que je la retrouve d’une facon d’une autre Tous ces gens qu’on voyait a l’epoque C’est juste une illusion pour moi maintenant Certains font des maths D’autres ont marie des charpentiers Je ne sais meme pas comment tout ca a commence Je ne sais meme pas ce qu’ils font de leur vie Mais moi je continue la route Je trouverai bien un autre coin On ressentait vraiment tout pareil C’est juste qu’on le voyait de deux points de vue separes Empetre jusqu’aux tripes Desolation row / Allee de la Desolation Et si parfois une grande chanson de Dylan c’etait comme verser un carton de vieux jouets, il reste de belles couleurs meme un peu abimees, il y a les cassettes de vieux films, il y a les vieilles histoires et tout ce qui faisait avant vaguement peur. Mais c’est lisse dans la main et ca brille dans la lumiere, on ne les craint plus, les figures : elles sont encore belles et vous emeuvent. Reste que c’est une vraie route et qu’elle renvoie au vrai monde : mais on le fuit pour un autre, ou bien elle nous y ramene ? Alors on a peur, une vraie peur, quand meme, sur cette route de la desolation. Narrativement : chaque figure une bulle microscopique, comme un ancien conte apercu. Le recit s’arrete a peine le temps d’un vers, l’image est soufflee par le suivant. Chez Dylan compositeur, la narration est plus audacieuse que les images elles-memes, et c’est sans doute ce qui fascinera chez lui John Lennon : scene evoquant tous les passes, mais embarquee dans le flux qui va trop vite pour la pensee (sur cette route de la Desolation). Quelle musique pouvait bien jouer Einstein sur son violon electrique, sinon cette chanson meme ? Et nous n’y echappons pas, nous y marchons, rue de la Desolation. pendus et executions sur cartes postales vendredi passeports repeints marron et des marins marinant au salon de beaute coiffure le cirque est dans la ville le commissaire priseur aveugle ils lui ont fichu la transe il s’agrippe au funambule d’une main l’autre fourree dans sa braguette les briseurs de greve rient jaune ou est-ce qu’ils pourront se refugier la Dame et moi nous regardons a la fenetre depuis l’allee de la Desolation Cendrillon pour toi c’etait si facile « suffit d’essayer pour reussir » elle sourit puis cherche quelque chose dans ses poches de derriere tu te rappelles Bette Davis puis c’est Romeo toujours a se plaindre « tu es a moi rien qu’a moi » — eh petit tu t’es trompe de film quelqu’un repond vaudrait mieux que tu files et le seul bruit qui insiste maintenant que sont loin les ambulances leurs sirenes c’est elle Cendrillon qui balaye toute l’allee de la Desolation les nuages ont couvert la lune les etoiles aussi vont se coucher la diseuse de bonne aventure a range ses cartes plie son barda personne ne traine qu’Abel et Cain et le bossu de Notre-Dame les autres chez eux font l’amour ou bien attendent leur poudre de pluie le bon Samaritain enfile sa tenue c’est son entree en scene c’est lui qui fera carnaval ce soir sur l’allee de la Desolation maintenant Ophelie est sous la fenetre pour elle j’ai tellement peur elle a vingt-deux ans aujourd’hui et deja vieille fille elle croit que la mort c’est un truc romantique elle a mis son gilet pare-balles la religion comme profession et pour toute faute avoir manque la vie elle a beau ecarquiller les yeux sur le grand arc-en-ciel de Noe encore elle regarde pour ne rien voir dans l’allee de la Desolation Einstein se deguise en Robin des Bois tous ses papiers dans une cantine il est passe il y a moins d’une heure avec son copain, un moine jaloux tellement peur qu’il avait l’air immacule en quemandant une cigarette et s’en est alle reniflant les gouttieres recitant son alphabet maintenant on se retournerait meme pas sur lui il a ete celebre mais c’etait y a si longtemps vous savez il jouait du violon electrique sur l’allee de la Desolation le docteur Obscene surveille son monde a l’interieur d’un bol de cuir mais ses patients desexues ils essayent de bander son infirmiere c’est la paumee du quartier elle s’occupe de la lucarne au cyanure et elle distribue les petites cartes de condoleances « ayez pitie de son ame merci » tous equipes de sifflets a deux sous vous les entendrez en train de jouer si vous penchez la tete assez et assez dans l’allee de la Desolation dans la rue en face ils ont cloue les rideaux ils se preparent pour la grande fete le Fantome de l’Opera la parfaite image d’un pretre ils nourrissent Casanova a la petite cuillere qu’il prenne un peu d’assurance et puis ils l’assassinent par trop de confiance en lui ils l’ont empoisonne de bonnes paroles et le Fantome hurle aux filles anorexiques « fichez le camp d’ici si vous le savez pas si on l’a puni Casanova c’est pour etre alle dans l’allee de la Desolation » maintenant c’est minuit tous les flics et l’equipe des surhommes ils arrivent et ramassent ceux qui en connaissent plus qu’eux ils les ramenent a l’usine ou la machine a crise cardiaque on la leur fixe aux epaules on remplit de kerosene trouve dans les chateaux c’est les compagnies d’assurance qui le veulent et verifient que personne ne s’en echappe de l’allee de la Desolation vive le Neptune de Neron le Titanic leve l’ancre a l’aube et tout le monde te crie « choisis ton camp choisis vite ! » puis Ezra Pound avec T S Eliot combattent dans le donjon du capitaine pendant que les chanteurs de calypso se fichent d’eux et que les pecheurs apportent des fleurs par les fenetres de la mer celles des belles sirenes qui nagent et personne pour remuer des meninges en rond pour l’allee de la Desolation oui je l’ai recue ta lettre d’hier (juste au moment que la poignee de porte a casse) quand tu m’as demande ca va toi c’etait quoi cette bonne farce ? tous ces gens dont tu parles oui je les connais ils ont bien deguste faudrait que je leur refasse la figure que je leur redonne un nouveau nom en ce moment je n’arrive plus bien a lire ne m’envoie plus de lettres non sauf si c’est de la boite aux lettres la-bas dans l’allee de la Desolation bibliographie, les essentiels Chroniques , volume 1, Bob Dylan, Fayard, 2005 The Bob Dylan Encyclopedia , Michael Gray, Continuum, New York, 2006 Bob Dylan Essential Interviews , edited by Jonathan Cott, Rolling Stone, 2006 Like a Rolling Stone , Greil Marcus, Faber and Faber, 2005 Wicked Messenger, Bob Dylan and the 60s , Mike Marqusee, Seven Stories Press, New York, 2003-2005 Down the Highway, the life of Bob Dylan , Howard Sounes, Grove Press, 2001 The Rough Guide to Bob Dylan , Nigel Williamson, Rough Guides, London, 2004
Read the article on Le tiers livre

traduire non traduire Bob Dylan

note de fevrier 2010 Nous comprenons l’anglais. Au moins partiellement (celui de Dylan est bien trop jonglerie). Nous connaissons les paroles quasi par coeur. Alors a quoi sert la traduction ? Peut-etre seulement au dialogue. Rester a distance, mais zoomer sur des enjeux, decouper des plans, faire exister un petit bout de monde a travers notre langue a nous. Ne pas traduire, mais raconter a la fois un peu de l’histoire, et la facon dont lui il la tord. Depuis 3 ans, je lis systematiquement les autres entreprises de traduction Dylan. C’est pas mieux que pour Holderlin. Je crois le plus important, c’est de rester a sa propre place : dire comment ici, pour soi-meme, cela resonne. Lire le travail de Jacques Darras sur Ginsberg, ou l’histoire des traductions de Joyce. En fait, c’est peut-etre ca le probleme : que Dylan est trop reellement, trop immensement artiste. Donc voila, pour ceux que ca choque : ci-dessous, je ne traduis pas. Juste, j’ecoute. note de mai 2007 Apres les Rolling Stones en 2002, et Led Zeppelin en 2004, France-Culture m’a propose de travailler avec Claude Guerre a un feuilleton Bob Dylan : 15 fois 20 minutes, non pas pour derouler les chansons, mais ouvrir aux questions, tenter d’approcher l’enigme. Diffusion prevue fevrier 2007, avant-premiere avec Jacques Bonnaffe et Claude Guerre en performance Maison de la Poesie (Paris) le 21 decembre. ATTENTION : les materiaux presentes ci-dessous n’appartiennent pas au feuilleton, mais seulement au chantier preparatoire personnel, et n’auront pas d’autre existence que sur ce site, personnel aussi. quelques propositions pour une nouvelle traduction de Bob Dylan ( Ballad of a thin man, Desolation Row, Political World, Tangled up in blue…. ) Bien sur, pour approcher Bob Dylan, la necessite de se confronter directement au texte, a sa marche narrative, tenter de designer l’enigme des images… Ci-dessous deux exemples de ce qu’on a a chercher, et les obstacles qu’on affronte : It’s allright Ma (I’m only bleeding) et Stuck inside Mobile with Memphis blues again… Alors, imaginer lorsqu’on rentre dans Visions of Johanna ou Desolation Row . Et penser aussi la structure globale du chemin de Dylan : je mets en troisieme position Political world , un Dylan tardif : qu’est-ce qui change ? Ma propre proposition pour le sommet du non traductible : Ballad of a thin man bien sur, l’hommage Kafka. Aucun prof d’anglais ne sera d’accord (mais justement…), et d’autres. Ce dimanche 26 novembre, je rajoute au bout Allee de la Desolation , je tente. It’s allright Ma (I’m only bleeding) Et si Dylan etait impossible a traduire parce que le texte meme naissait pour la chanson : associations libres du sens, mais forgees sur une hallucination en echo amont du monde, meme pas besoin d’images, mais comme l’ecran ou on pourrait les tendre. L’obligation de parler vite, l’obligation d’etre obsessif, l’obligation d’eclats tranchants : dans la version chantee par Dylan, le heurt des mots a vitesse plus grande que la guitare, et l’appui sur le dernier mot de la strophe. Donc je ne traduis pas, et meme : se refuser a comprendre, ne pas obeir. Il y a juste des reperes a investir, et conditionner la langue a etre la dans cet endroit ou on pourrait la hurler pareil. Au bout de mes mots ici, je peux non pas chanter mais dire Dylan. Les mots anglais sont brefs, avec forte proportion de monosyllabes : mais si je l’investis avec mes pattes de prose, j’ai le droit de mettre deux mots francais longs a dire vite en compressant, pour retrouver la percussion anglaise. Et moi, si quarante ans apres, j’y passe un dimanche, dans les mots impossibles, qu’est-ce que je peux y gagner, qu’est-ce que je vais forcement manquer ? Si Dylan est grand c’est qu’ainsi a quarante ans de distance un e voix, un rythme et trois rimes peuvent vous obseder, aller jusqu’a vous pousser, sinon dans le vide ou on bascule, dans une etrange frange ou on dirait que c’est le bord du monde qu’on a deplace. Et il a assez d’arrogance, de mechancete meme, a cette epoque precise, pour vous lancer la, ou plus de recours. Et si nous voulons le ramener a notre langue, de quel ecart devons-nous partir, sinon pour le prononcer, juste pour le rejoindre ? la nuit en plein midi des ombres sur l’argent mon couvert d’argent la lame forgee main, mon ballon de gosse et l’eclipse sur le soleil et la lune pour comprendre mais trop tot essayer a quoi bon si toi tu le sais ECLIPSE ca va maman ca va c’est juste juste que je suis blesse blesse ca saigne un peu tu vois menaces en pleine poitrine, et le mepris pour bluff tes remarques suicides ils s’en torchent comme l’idiot sa bouche en or les cuivres et fanfares des mots pour rien pour juste prevenir avertir que celui qui n’est plus occupe a naitre deja s’occupe de mourir MOURIR tentations partout de l’autre cote de ma porte tu acceptes, te voila pousse dans leurs guerres regarde comme gronde a torrents la pitie meme gemir, gemir n’est plus rien maintenant tu t’apercois tu n’est plus que cela juste un de plus, un de plus a pleurer PLEURER alors pas peur si tu entends pas peur ma voix a ton oreille etrangere ca va maman, ca va bien je soupire, juste je soupire un peu tu vois quand on vous dit ici victoire, ici defaite les raisons perso les grandes les petites on les voit dans les yeux de ceux qui voudraient qu’on fasse ramper ceux qu’on devrait tuer mais ceux, ceux qui vous disent qu’on ne doit rien hair que la haine LA HAINE les mots de la desillusion aboient comme des balles les dieux que se donnent les hommes tirent a cible ils ont tout essaye, des fusils d’enfants qui font le bruit des vrais et les sainte vierge fluo qui clignotent dans la nuit y a vraiment pas besoin d’aller regarder loin pour savoir qu’il n’y a plus rien de sacre VRAIMENT SACRE ce sont les precheurs des destins restreints ce sont les professeurs de la connaissance seulement demain rien n’apprendre que ce qui pese en bonnes plaques fric s’il y a eu la bonte elle est encagee mais ils devraient le savoir les presidents les puissants que meme eux parfois parfois sont a poil A POIL entre nous c’est comme le code de la route ca devrait etre ecrit c’est juste un jeu, et ceux que plutot on devrait fuir ca va, maman, ca va bien : j’y arriverai leur pub a te rendre con ils te trompent ils voudraient que tu crois que c’est toi le roi qui fera ce qui jamais ne fut fait qui gagnera ce qui jamais ne fut gagne pendant ce temps-la tout continue comme avant regarde autour de toi REGARDE tu te perds, tu te retrouves avant de le savoir que rien pour avoir peur t’es la tout seul, plus personne qui vient pres alors tu l’entends, la voix un peu loin, la voix pas claire quelque chose grince dans tes oreilles assourdies quelqu’un la-bas croit qu’enfin il te trouve TE TROUVE ca s’allume dans tes nerfs c’est une question pourtant tu sais bien : pas de reponse jamais pas de satisfaction rien qui assure qu’on ne laissera pas tout tomber que tu te souviendras, que tu n’oublieras pas que ce n’est pas a elle ni a eux ni a rien que tu appartiens APPARTIENS et que les puissants fassent leurs lois pour les sages comme pour les fous y a pas de quoi, maman, avoir le cœur a la fete pour ceux qui croient encore devoir obeir a une autorite pour laquelle il n’y a plus respect qu’ils meprisent leur boulot, meprisent leur destinee c’est facile d’etre jaloux de ceux qui plus loin sont libres parce qu’ils font pousser des fleurs histoire histoire de croire qu’on est ici quelque chose QUELQUE CHOSE et vous avec les principes de votre bulletin de bapteme avec vos distributions des prix vos estrades vos assoces vos reunions rien que des masques et des qu’ils sortent ils se moquent dans leur dos rien qui en sort, juste la derniere idole et que votre bon dieu la benisse LA BENISSE alors oui celui qui chante sa langue elle en brule a gargouiller dans leurs chorales de rats aux coups tordus aux corps informes des tordeurs du monde moi je m’en fous de grimper tout ca d’un cran je prefererais bien le droit de rester dans mon trou la d’ou je viens MON TROU je ne leur souhaite pourtant pas de mal ni reproche a ceux qui se sont bati leurs beaux caveaux ca va, maman, ca ira meme si je ne leur plais pas les concierges les vieilles regardent les jeunes couples sexe en berne sexe limite elles oseraient te balancer leur morale de merde, l’insulte et comme elles biglent l’argent ne parle pas, mais veut qu’on se prosterne c’est obscene, mais tout le monde s’en fout propagande, c’est bidon BIDON et ceux qui defendent ce qu’ils ne peuvent meme pas voir avec un orgueil de tueur parlent d’insecurite ca me fiche en l’air, froid dans le dos tous ceux qui croient qu’etre honnete a mort les protegera de la mort de travers la vie quelquefois la vie c’est bien solitaire SOLITAIRE moi dans mes yeux je les vois les cimetieres bourres de dieux faux je la racle cette mesquinerie qui joue au dur ils m’ont mis des menottes je fais marche arriere ils fichent un coup dans les jambes me fichent par terre bon ca va, ca suffit je leur dis qu’est-ce que vous avez d’autre a m’offrir M’OFFRIR et si mes vrais reves se voyaient dans le couloir de la mort ils me mettraient mon cou sous la lame, maman, c’est ca vivre rien que vivre un peu tu vois Stuck inside Mobile with Memphis blues again C’est a cause de Shakespeare croise dans la rue. Je ne suis pas alle a Mobile, Alabama, mais Dylan n’y etait pas alle non plus. Sur le site Internet du comite de tourisme, Mobile, Alabama, vante ses plages et ses bals, le golfe du Mexique, ses poissons et ses attractions. Il y a la majuscule, mais c’est le nom commun mobile qui percute le titre : coince dans un mobile, et tout bascule. Alors ce n’est plus de Memphis qu’on a la nostalgie, mais de la forme musicale qui s’appelle le blues, de la meme facon qu’on est enferme dans la musique d’apres le blues, la musique des savants a tout jouer de Nashville, les types auxquels on ne parlera pas, auxquels on n’enverra meme pas le disque une fois fini (mais ils remercieront : on a mis leur nom sur la pochette, ce n’est pas si frequent). Et Shakespeare marche dans la rue, on voit le depute ( senator ), le cure ( preacher ) et vous vous voyez, vous, plante de tous les titres des journaux de ce matin sur la poitrine toute nue avec une agrafeuse ? Je ne sais pas pourquoi la fille perdue est francaise, ni pourquoi ce SDF dessine un cercle (dessine pour de vrai, et pas parce qu’il tourne en rond) autour des maisons, ni ce qui se passe dans ce bordel pres du lac avec valse romantique et fille promise. Ce qui est sur, c’est que Shakespeare est passe dans la rue et qu’apres lui toute la ville est detruite. Dylan avait meuble sa maison d’Hi Lo Ha non pas de toute une bibliotheque (meme s’il lit et lit), mais d’un vieux reve de livres d’art : plein de livres d’art, toute une piece de livres d’art. On dirait Chirico. La ville detruite s’assemble en geometries parfaites, des types grimpent la-dessus et lui il s’y assoit pour attendre. On lui a demande, a Dylan : — Les images de la ville sont plus presentes ? Il repond : — C’est parce qu’a cette epoque-la je regardais trop la tele. Shakespeare a trois grelots. Rebondissements : voyage etrange. Mobile est aujourd’hui le paradis des sosies d’Elvis et des imitateurs des Beatles. Elvis y a joue la premiere fois les 4 et 5 mai 1955. Sa chanson Guitar man c’est l’histoire d’un type qui vient en auto-stop de Memphis, qui essaye qu’a Mobile on le laisse jouer de la guitare quelque part, il se fait refouler. Situation biographique pour Dylan a Denver : juste six ans plus tot. Dans la chanson d’Elvis il y a meme la reference a Panama, et le bar ou on danse. On est debut 1966, Dylan enregistre dans la ville ou Elvis enregistre, dans le studio que vient de quitter Elvis, avec les musiciens d’Elvis. Comment Dylan ne penserait-il pas a Elvis ? J’ai cru d’abord qu’il fallait interpreter ce texte comme un hommage secret et mais direct a Elvis : mais non. Lui, c’est trois ans plus tard, qu’Elvis reviendra dans ce meme studio, et enregistrera Guitar Man , lui aussi, une chanson avec Mobile et Memphis. Mais chez Elvis il n’y a pas Shakespeare. Oh le clodo dessine des cercles Tout autour des immeubles Je lui ai demande mais y a une raison Pourtant je savais qu’il ne dirait rien Les dames etaient gentilles avec moi C’etait meme bandant vraiment Mais au fond trefonds de moi-meme J’ai compris qu’echapper non Oh maman tu crois que c’est comme ca la toute fin D’etre coince la dans Mobile Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes. Ouais j’ai vu Shakespeare il passait dans la rue Avec des chaussures pointues et trois grelots Parlant a une touriste francaise Qui lui disait qu’elle me connaissait bien Je voudrais bien l’envoyer ce message Savoir ce qu’elle a raconte Mais le bureau de poste a ete cambriole Et la boite aux lettres fermee a cle. Oh maman tu crois que c’est comme ca la toute fin D’etre coince la dans Mobile Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes. Mona Joconde m’a dit Ne va pas sur les rails Tous les types des trains Boivent ton sang comme du vin J’ai repondu : — Mais je savais pas ca Enfin, j’en ai connu qu’un Et il m’a juste fume les paupieres Et pique ma clope. Oh maman tu crois que c’est comme ca la toute fin D’etre coince la dans Mobile Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes. Grand-pere est mort la semaine derniere Maintenant enterre dans la montagne Mais tous ils le disent encore Choques mechamment ils disent. Mais moi je m’y attendais je le savais Demence senile Quand il a fichu le feu en pleine rue Et s’est mis a tirer dessus. Oh maman tu crois que c’est comme ca la toute fin D’etre coince la dans Mobile Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes. Le depute est passe Montrant a tout le monde son pistolet Distribuant les invitations a l’œil Pour le mariage de monsieur fils. Et moi pour un peu qu’ils m’arretaient Ce serait bien de moi ca D’etre attrape sans billet Juste la cache sous le camion. Oh maman tu crois que c’est comme ca la toute fin D’etre coince la dans Mobile Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes. Et le cure ca lui en bouchait un coin Quand je lui ai demande pourquoi Habille en gros titres de journaux vingt kilos Bien agrafes sur les tetons. Mais il m’a traite quand je le lui ai prouve Alors je lui ai dit : — T’as rien que tu puisses cacher, Tu vois t’es fait juste comme moi Et j’espere que ca te va. Oh maman tu crois que c’est comme ca la toute fin D’etre coince la dans Mobile Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes. L’homme poudre a pluie m’a refile deux pilules Il m’a conseille : — Vas-y lance toi. La premiere une sorte de truc du Texas Et la deuxieme juste du gin de poivrot. Comme un idiot je les ai melanges Ca m’a etrangle la cervelle Les gens je les trouve pas beaux meme tres laids Et j’ai perdu le sens du temps. Oh maman tu crois que c’est comme ca la toute fin D’etre coince la dans Mobile Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes. C’est Ruthie qui m’avait dit de venir la voir Dans son bordel pres du lac J’aurais droit de la voir danser gratis La valse « sous la lune du Panama » Et elle : « Une debutante pour toi, elle sait juste ce dont t’as besoin Et moi parfaitement ce que tu veux ». Oh maman tu crois que c’est comme ca la toute fin D’etre coince la dans Mobile Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes. Maintenant les briques etalees sur la rue principale Et les fous de neon grimpent la-dessus Ca s’est effondre de facon si parfaite C’etait calcule pile poil Alors moi je me suis assis la tranquille Je me disais que je saurai bien le prix A payer pour en finir De vivre tout ca deux fois. Oh maman tu crois que c’est comme ca la toute fin D’etre coince la dans Mobile Alors que c’est Memphis que j’ai aux tripes. Political World Dans le corpus immense des chansons de Dylan, l’interessant c’est les recurrences, heritees des plus anciennes categories de ce qu’il decouvre a Minneapolis, ou dans le repertoire de Woody Guthrie. Des les « chansons qui montrent », la periode des chansons le plus directement politiques, ce qu’il affirme c’est son ecart : un vocabulaire matrice, qui definit un territoire, et ce territoire accueille toute revendication au monde, mais ne la formate pas. La reponse, ami, souffle avec le vent. Ceux qui ont accuse Dylan de delaisser le terrain directement politique ont sans doute sous-estime son intuition, et la fixite meme du territoire ou il garde les pieds ancres. C’est seulement un peu moins evident, parce que le statut personnel de symbole qu’on lui colle, et la facon dont lui le desamorce, conduit a une autre recurrence, l’idee d’une responsabilite personnelle et d’un rapport au desastre du monde ou il serait criminel de laisser penser qu’un nouveau heros (meme ces victimes heros des anciennes balades), une chanson ou une toile pourraient changer l’etat du monde. Et ce contenu revient y compris dans les entreprises les plus tardives, ainsi Political World , ou c’est la notion meme de politique, pourtant absente en tant qu’allusion directe, qu’on decortique : avec assez de place pour y loger toute la crise democratique. Le probleme de qui veut rendre Dylan, c’est ce jeu de construction par discontinuites et assonances. L’appui est sur deux mots : we et political. Nous, oppose a politique par l’experience de s’y comporter, le verbe vivre. J’ai choisi d’eclater la proposition initiale, et renforcer la liaison world et political : de politique monde, ou politique n’est plus adjectif en francais, dans cet ordre, le restituer comme adjectif via l’adverbe qui rend l’anteposition : monde trop politique. Et le on vit qui manque, l’inserer dans la coupe entre les deux versants opposes du couplet. Tout retombe en place. A nous alors de jouer plutot des registres semantiques que du sens de toute facon sans cesse mis en cause par Dylan : lieux presque communs detournes de syntagmes pris a la vie ordinaire, a transposer. Et decouvrir que le jeu d’assonances, chez lui, ce n’est pas seulement les rimes du chanteur, mais l’echo et la variation parfois sur un seul binome de consonnes, un p et un l, un jeu sur un repetition de f : rien de neuf a qui sait vaguement pourquoi il appelle sa Fender Stratocaster Rimbaud. A nous d’aller re-enclaver ce qui se dit la a nos contenus d’aujourd’hui, les billets d’avion pour l’autre bout du monde sur Internet, la disparition des visages dans l’image normalisee et televisee des puissants, mais la re-enclaver aussi dans les schemas que nous meme chargions autrefois de contenus plus directs, dans Dylan premiere periode : a trente ans de distance, les mots sont les memes. Dans notre monde trop politique L’amour tu crois qu’il aurait place On vit Aux temps ou l’homme accomplit des crimes Et le crime n’a pas de visage Dans notre monde trop politique Concretions glaciaires dans l’atmosphere On vit Sous des cloches de noce et le chant des anges Mais des nuages opaques sur le sol Dans notre monde trop politique Le bon jugement on l’enferme On vit Comme dans une cellule pourrie, egare c’est enfer Et permise a personne la piste ou s’enfuir Dans notre monde trop politique La pitie l’enjambe sur une planche On vit Dans une vie de miroirs, la mort ils l’effacent Elle grimpe aux marches de la banque d’a cote Dans notre monde trop politique Le courage c’etait le modele de l’an dernier On vit Leurs fantomes dans nos maisons, les gosses une idee depassee Et demain pour toi peut-etre bien pas de demain C’est notre monde trop politique Tu peux le toucher tu peux le flairer On vit Mais personne pour piloter, le jeu est verole Et qui dirait que tout ca c’est pas vrai Dans notre monde trop politique Les villes sont de solitude et de peur On vit Mais vois comme lentement tu te replies Et pourquoi toi au milieu d’ici qui le saurait Dans notre monde trop politique On est sous le microscope On vit Voyages organises tu t’en vas ou tu veux On te laisse la bride au cou mais toujours au bout de la corde Dans notre monde trop politique Ca tourne ca bouillonne ca brille Ca vit A peine tu es reveille regarde on te montre Par ou c’est la sortie la plus facile Dans notre monde trop politique Il n’y a que la paix qu’on n’invite pas On vit Mais on la laisse frapper a la porte d’a cote Ou simplement cloue a la porte de la grange On vit dans un monde politique Propriete privee pour tout pour tous Le nom de Dieu Grimpe sur les toits escalade et crie-le Comment tu serais sur de ce que c’est Ballad of a thin man / Chant de l’homme qui s’efface Ramper jusqu’au lieu meme du texte, par tout ce qu’on en comprend, et tout ce qu’on peut extorquer d’images, de details, de syntaxes ou d’etymologies, de references et paralleles (l’art parataxique de Ginsberg n’a jamais ete pris en compte par les traducteurs des collections a bas prix, et notamment la traduction Seghers qui date de 30 ans et parfaitement naive ou sommaire). Et quand on est a l’extreme de ce qu’on a pu ramper sur le lieu meme du texte, tenter de se relever, s’extirper : un musicien dirait, juste jouer , devenir ce texte avec nos mots et nos images. Ce n’est pas une approche de la traduction ? Paradoxalement, c’est comme cela qu’on peut etre fidele. Voire meme : precis. Do you, mister Jones ? : c’est une chanson qui depuis quarante ans fait peur, un hymne, un sommet, pour la tension qui la traine de refrain a refrain, et la silhouette de Jones la derriere. Les commentateurs ne savent interroger qu’un element : qui est Jones ? Mais Jones c’est l’anonyme, c’est l’etre rien, c’est la silhouette en costume, la silhouette de l’homme mince, c’est le K de Kafka. Un roman de Dashiell Hammett en 1934 s’appelle The thin man , et Gertrude Stein vient d’en reprendre la figure dans son Autobiographie de tout le monde . Et Gertrude Stein, Bob Dylan a lu forcement, et certainement aussi son fameux How to write , toujours inedit en francais. Il cite plutot Scott Fitzgerald que Stein ou Kafka, mais Dylan connait (il l’a confirme) le Vieux saltimbanque de Baudelaire comme il connait le Champion de jeune de Kafka, il sait la recurrence du motif, dans son Journal , du narrateur qui rentre dans la piece et decouvre l’angoissant ou l’horrible : la reference a la loi dans le dernier couplet une allusion directe aux portes de la loi dans le reve de la cathedrale du Proces — c’est bien Kafka, qui est derriere ce chant de l’homme si mince qu’il s’efface, ballad of a thin man . D’autres ont vu dans cette chanson une reponse de Dylan lui-meme aux rituels vides des conferences de presse, ou la pression qu’exerce sur lui cette celebrite idiote, consideree depuis la solitude ou on se retrouve ensuite, dans la vie et dans le travail. Moi j’aime la convocation des vieilles demonstrations de fete foraine : dans les annees soixante on les promenait encore, on exhibait les monstres de baraque, les bricoles a deux tetes, ou comme on promenait dans les foires parait-il la jambe amputee Sarah Bernardt, rachetee par un Americain. Le genie de Dylan, c’est aussi de ne pas devoiler les sources. « J’ai seul la cle de cette parade sauvage », phrase de Rimbaud qu’il sait par cœur. Il developpe sa parade : l’homme entre dans sa chambre, un type est la, qui ne se definit que par sa question absurde, et le dialogue impossible. Alors il devient cette suite de figures, le trapeziste, le nain. Et le narrateur ensuite explore avec son corps disloque, sens par sens, sa chambre qui est vide : c’est une folie alors. Reste l’homme mince. Reste a dechiffrer ce qui n’est pas dechiffrable : allusions en miroirs, depli a l’infini, derriere l’avocat, les lepreux et les escrocs. A chacun d’en prendre pour son grade. T S Eliot est mort, mais pas Ezra Pound : ils se battent ensemble. tu rentres dans la chambre tu as ton stylo a la main tu vois un type tout nu tu demandes : c’est quoi, ca tu fais tout ce que tu peux et tu ne comprends meme pas qu’est-ce que tu dirais toi en rentrant chez toi parce qu’il se passe quelque chose ici mais toi tu ne vois pas quoi toi tu vois, ami Jones ? tu redresses la tete et tu demandes : — c’est vraiment comme ca et l’autre il tend son doigt sur toi : c’est comme ca toi tu dis : — il me reste quoi a moi un autre type dit : — moi c’est quoi toi tu dis : — oh bon dieu je suis vraiment si seul ici ? parce qu’il se passe quelque chose ici mais toi tu ne vois pas quoi toi tu vois, ami Jones ? tu donnes ton billet et tu vas voir le spectacle le monstre vient tout de suite sur toi des qu’il t’entend parler il dit : comment on se sent dans la peau d’un pareil sac toi tu dis : pas possible juste il te tend un bout d’os tu as pas mal de contacts chez les bucherons des bois ils te racontent ce qu’il en sera pour te guerir de tes imaginations mais plus personne pour avoir du respect ils sont deja la a attendre que tu remplisses le cheque deductible de vos revenus : don pour charite tu as frequente des professeurs et ils ont aime a quoi tu ressembles tu as vu les meilleurs avocats avocats pour parler des lepreux des escrocs tu as meme lu tout Scott Fitzgerald page a page tu as lu beaucoup de livres tout le monde le sait tiens, l’avaleur de sabre il approche devant toi il s’agenouille fait le signe de croix claque des talons puis direct il te demande comment on se sent il dit : je vous rends votre gorge merci pour le pret maintenant regarde ce borgne ce nain qui te crie : — maintenant ! et toi tu lui dis : — mais pourquoi ? lui : — comment ? toi : — ca veut dire quoi ? et lui : — espece de vache t’est bon qu’a traire ou rentre chez toi bon, tu rentres dans ta chambre avec des precautions de chameau et la tu flaires tu as les yeux jusque dans tes poches et tu rampes nez par terre il aurait du y avoir une loi pour t’empecher d’entrer la les mecs comme toi vaudrait mieux tellement mieux leur boucher mais boucher les oreilles Tangled up in blue / empetre jusqu’aux tripes « Qu’est-ce que vous pouvez trouver de bien a cette chanson, dit Bob Dylan, vu ce que je traversais quand je l’ecrivais ? » Se separer d’avec Sara, apres douze ans et quatre enfants, pas mal de voyages, et les quatre maisons de Woodstock, New York McDougal Street et Fire Island. Plus d’alcool et puis encore l’alcool, plus de concerts et maintenant a nouveau les concerts. Il y a tout cela et puis il y a Dante, qui passe. Les personnages sont fictifs : on dirait un film. Mais un film qu’on apercoit a la television, ou une seance du samedi soir, une seance pour se distraire. Ces personnages on les connait tellement d’avance, la fille qui bosse dans un bar en s’exhibant seins a l’air elle ne l’a pas choisi, son type qui fricote des trafics et l’entraine au desastre c’est une histoire qui serait tellement belle chez Selby (Hubert Selby Jr). Mais lui, le narrateur, c’est un paume un rate, qui fait cuistot dans les chantiers du grand nord (les grandes forets dy pays natal de Dylan : les memes bucherons qui passent dans A thin man, et ripe en derive et galere jusqu’a la Nouvelle-Orleans pour un boulot sur un chalutier, mais un qui ne s’eloigne pas trop des cotes. Et puis cette voiture en panne, et qu’on se separe dans la nuit. Il y a tout cela et puis il y a Dante, qui passe. On est revenu aux sources de la poesie. Des mots dans la nuit quittent le livre et viennent a vous. Et ces mots disent exactement ce que vous auriez a lui dire. Il y a la situation a trois, ou s’empetre le narrateur avec le couple : mais dans la vie, c’est lui qui l’impose a Sara. Il y a peut-etre, pour evoquer Dante, ces facons de saisir a vif, dans l’obscurite du monde, des etres pris dans l’intensite pure d’une douleur, alors isolee du temps. Jamais sinon Bob Dylan ne parlera de Dante, ni quand lu. Faut-il garder la couleur bleue, ou mettre en avant l’enracinement blues ? J’ai choisi. C’etait un matin de plein soleil Moi j’etais reste au lit Est-ce qu’elle changerait je me demandais Et si elle aurait encore les cheveux en rouge Ses copains disaient que notre vie a deux Sur ca devait racler sur les bords Les robes faites maison de Maman ca leur plaisait pas trop Et le compte en banque de papa bien trop maigre sur Et j’etais la sur le bord de la route La pluie tombant sur mes chaussures Tout droit parti vers les cote Est Oh sur j’en ai bave pour traverser tout ca Empetre jusqu’aux tripes Elle etait mariee quand je l’ai rencontree Elle serait bientot divorcee Je l’ai sorti de ses embrouilles je crois Mais peut-etre j’ai du tirer un peu fort On est parti en bagnole aussi loin qu’on a pu On l’a abandonnee quelque part dans l’Ouest On s’est separes c’etait une triste et sombre nuit D’accord tous les deux que c’etait mieux Elle s’est retournee pour me regarder Moi je partait de l’autre cote Je l’ai entendue dire par-dessus mon epaule On se retrouvera forcement en ville Empetre jusqu’aux tripes J’avais un boulot dans les grandes forets du Nord J’etais la-bas cuistot un temps Mais aimer ca non vraiment pas Et un jour la hache est juste tombee Je suis parti en derive jusqu’en Nouvelle-Orleans La ils m’ont donne un emploi Trimer sur un chalutier Juste en sortant de Delacroix Et tout ce temps moi j’etais tout seul Le passe accroche aux epaules Et des femmes j’en ai vu pas mal Mais elle ne n’est jamais sortie de la tete et je suis reste Empetre jusqu’aux tripes Elle travaillait dans un truc a seins nus J’etais juste entre pour une biere Je la voyais de cote je n’arretais pas de regarder Dans les projos le profil clair Bien plus tard et plus personne dans le bar Moi j’allais faire pareil Elle etait la juste posee pres de mon tabouret Elle me dit : — Tu me diras pas ton nom ? J’ai grogne quelque chose en soupirant Elle etudiait on dirait a quoi je ressemblais Je dois bien avouer que j’etais pas tres a l’aise Elle penchee sur moi a me relacer mes souliers Empetre jusqu’aux tripes Elle a allume un joint sur le gaz et m’a propose une taffe « T’as pas l’air du genre causeur » elle a dit « T’as meme vraiment l’air d’un silencieux » Alors elle a ouvert un livre de poemes Et me l’a tendu Des poemes d’un poete italien Du treizieme siecle crois-tu Et pas un des mots la-dedans qui sonnait faux Ils brillaient comme une braise Ca te coulait depuis les pages On aurait dit ca ecrit directement de mon ame juste de moi pour toi Empetre jusqu’aux tripes J’habitais chez eux rue Montaigue Un sous-sol en bas de l’escalier Il y avait de la musiques dans les bars le soir Un peu de revolution dans l’air Alors il commenca son trafic avec esclaves Et quelque chose en lui etait simplement mort Il a fallu qu’elle vende tout ce qui etait a elle Et dedans plus rien que la banquise Quand ils ont touche le fond finalement Moi aussi j’ai ete attrape La seule chose que j’avais a faire je savais C’etait de continuer comme un oiseau qui vole Empetre jusqu’aux tripes Alors maintenant que je reviens une fois de plus Il faut que je la retrouve d’une facon d’une autre Tous ces gens qu’on voyait a l’epoque C’est juste une illusion pour moi maintenant Certains font des maths D’autres ont marie des charpentiers Je ne sais meme pas comment tout ca a commence Je ne sais meme pas ce qu’ils font de leur vie Mais moi je continue la route Je trouverai bien un autre coin On ressentait vraiment tout pareil C’est juste qu’on le voyait de deux points de vue separes Empetre jusqu’aux tripes Desolation row / Allee de la Desolation Et si parfois une grande chanson de Dylan c’etait comme verser un carton de vieux jouets, il reste de belles couleurs meme un peu abimees, il y a les cassettes de vieux films, il y a les vieilles histoires et tout ce qui faisait avant vaguement peur. Mais c’est lisse dans la main et ca brille dans la lumiere, on ne les craint plus, les figures : elles sont encore belles et vous emeuvent. Reste que c’est une vraie route et qu’elle renvoie au vrai monde : mais on le fuit pour un autre, ou bien elle nous y ramene ? Alors on a peur, une vraie peur, quand meme, sur cette route de la desolation. Narrativement : chaque figure une bulle microscopique, comme un ancien conte apercu. Le recit s’arrete a peine le temps d’un vers, l’image est soufflee par le suivant. Chez Dylan compositeur, la narration est plus audacieuse que les images elles-memes, et c’est sans doute ce qui fascinera chez lui John Lennon : scene evoquant tous les passes, mais embarquee dans le flux qui va trop vite pour la pensee (sur cette route de la Desolation). Quelle musique pouvait bien jouer Einstein sur son violon electrique, sinon cette chanson meme ? Et nous n’y echappons pas, nous y marchons, rue de la Desolation. pendus et executions sur cartes postales vendredi passeports repeints marron et des marins marinant au salon de beaute coiffure le cirque est dans la ville le commissaire priseur aveugle ils lui ont fichu la transe il s’agrippe au funambule d’une main l’autre fourree dans sa braguette les briseurs de greve rient jaune ou est-ce qu’ils pourront se refugier la Dame et moi nous regardons a la fenetre depuis l’allee de la Desolation Cendrillon pour toi c’etait si facile « suffit d’essayer pour reussir » elle sourit puis cherche quelque chose dans ses poches de derriere tu te rappelles Bette Davis puis c’est Romeo toujours a se plaindre « tu es a moi rien qu’a moi » — eh petit tu t’es trompe de film quelqu’un repond vaudrait mieux que tu files et le seul bruit qui insiste maintenant que sont loin les ambulances leurs sirenes c’est elle Cendrillon qui balaye toute l’allee de la Desolation les nuages ont couvert la lune les etoiles aussi vont se coucher la diseuse de bonne aventure a range ses cartes plie son barda personne ne traine qu’Abel et Cain et le bossu de Notre-Dame les autres chez eux font l’amour ou bien attendent leur poudre de pluie le bon Samaritain enfile sa tenue c’est son entree en scene c’est lui qui fera carnaval ce soir sur l’allee de la Desolation maintenant Ophelie est sous la fenetre pour elle j’ai tellement peur elle a vingt-deux ans aujourd’hui et deja vieille fille elle croit que la mort c’est un truc romantique elle a mis son gilet pare-balles la religion comme profession et pour toute faute avoir manque la vie elle a beau ecarquiller les yeux sur le grand arc-en-ciel de Noe encore elle regarde pour ne rien voir dans l’allee de la Desolation Einstein se deguise en Robin des Bois tous ses papiers dans une cantine il est passe il y a moins d’une heure avec son copain, un moine jaloux tellement peur qu’il avait l’air immacule en quemandant une cigarette et s’en est alle reniflant les gouttieres recitant son alphabet maintenant on se retournerait meme pas sur lui il a ete celebre mais c’etait y a si longtemps vous savez il jouait du violon electrique sur l’allee de la Desolation le docteur Obscene surveille son monde a l’interieur d’un bol de cuir mais ses patients desexues ils essayent de bander son infirmiere c’est la paumee du quartier elle s’occupe de la lucarne au cyanure et elle distribue les petites cartes de condoleances « ayez pitie de son ame merci » tous equipes de sifflets a deux sous vous les entendrez en train de jouer si vous penchez la tete assez et assez dans l’allee de la Desolation dans la rue en face ils ont cloue les rideaux ils se preparent pour la grande fete le Fantome de l’Opera la parfaite image d’un pretre ils nourrissent Casanova a la petite cuillere qu’il prenne un peu d’assurance et puis ils l’assassinent par trop de confiance en lui ils l’ont empoisonne de bonnes paroles et le Fantome hurle aux filles anorexiques « fichez le camp d’ici si vous le savez pas si on l’a puni Casanova c’est pour etre alle dans l’allee de la Desolation » maintenant c’est minuit tous les flics et l’equipe des surhommes ils arrivent et ramassent ceux qui en connaissent plus qu’eux ils les ramenent a l’usine ou la machine a crise cardiaque on la leur fixe aux epaules on remplit de kerosene trouve dans les chateaux c’est les compagnies d’assurance qui le veulent et verifient que personne ne s’en echappe de l’allee de la Desolation vive le Neptune de Neron le Titanic leve l’ancre a l’aube et tout le monde te crie « choisis ton camp choisis vite ! » puis Ezra Pound avec T S Eliot combattent dans le donjon du capitaine pendant que les chanteurs de calypso se fichent d’eux et que les pecheurs apportent des fleurs par les fenetres de la mer celles des belles sirenes qui nagent et personne pour remuer des meninges en rond pour l’allee de la Desolation oui je l’ai recue ta lettre d’hier (juste au moment que la poignee de porte a casse) quand tu m’as demande ca va toi c’etait quoi cette bonne farce ? tous ces gens dont tu parles oui je les connais ils ont bien deguste faudrait que je leur refasse la figure que je leur redonne un nouveau nom en ce moment je n’arrive plus bien a lire ne m’envoie plus de lettres non sauf si c’est de la boite aux lettres la-bas dans l’allee de la Desolation bibliographie, les essentiels Chroniques , volume 1, Bob Dylan, Fayard, 2005 The Bob Dylan Encyclopedia , Michael Gray, Continuum, New York, 2006 Bob Dylan Essential Interviews , edited by Jonathan Cott, Rolling Stone, 2006 Like a Rolling Stone , Greil Marcus, Faber and Faber, 2005 Wicked Messenger, Bob Dylan and the 60s , Mike Marqusee, Seven Stories Press, New York, 2003-2005 Down the Highway, the life of Bob Dylan , Howard Sounes, Grove Press, 2001 The Rough Guide to Bob Dylan , Nigel Williamson, Rough Guides, London, 2004
Read the article on Le tiers livre

Postat de pe data de 31 ian., 2010 in categoria România în lume. Poti urmari comentariile acestui articol prin RSS 2.0. Acest articol a fost vizualizat de 164 ori.

Publica un raspuns