La Roumanie a du mal a se defaire de son passe communiste. Le 26 fevrier, son premier ministre, Emil Boc, a signe la destitution de l’historien Marius Oprea, directeur de l’Institut d’investigations des crimes du communisme.
Surnomme „le chasseur de la Securitate”, M. Oprea, 46 ans, avait fonde cette institution en 2005 en s’inspirant du Centre Simon-Wiesenthal, qui traque les nazis responsables de crimes contre l’humanite. „Les juifs m’ont convaincu que le seul moyen de combattre les atrocites communistes etait l’action, a-t-il declare. Je suis alle voir les procureurs pour qu’ils poursuivent les anciens tortionnaires. Ils m’ont dit : „Le bla-bla sur le communisme ne nous interesse pas, nous ne pouvons rien faire s’il n’y a pas de cadavres.” Alors je leur ai donne des cadavres.”
Avec une equipe de jeunes archeologues, le „chasseur de la Securitate” a sillonne le pays pour exhumer les depouilles des Roumains executes par la police politique du regime. Selon son enquete, elle aurait assassine environ 10 000 Roumains, dont les familles attendent toujours que justice soit faite.
Le communisme condamne
Marius Oprea avait cru avoir trouve un allie en 2006 lorsque le chef de l’Etat, le president Traian Basescu, avait condamne le communisme devant le Parlement. Mais le discours obeissait seulement a des objectifs electoralistes. Depuis, M. Basescu a obtenu un nouveau mandat presidentiel, et la condamnation officielle de la dictature semble n’avoir ete qu’une operation d’image.
Les autorites ont decide de se debarrasser d’un homme independant comme Marius Oprea et d’empecher son institut d’enqueter et de saisir les institutions penales. „Je savais que je genais et je m’attendais a etre destitue, affirme M. Oprea. Le vrai probleme n’est pas ma personne, mais le fait que l’institut ne peut plus mener d’enquetes. ”
La societe civile roumaine a critique la decision du gouvernement qui a aussi fait des vagues a l’etranger. La romanciere allemande d’origine roumaine, Herta Muller, Prix Nobel de litterature en 2009, qui fut elle-meme harcelee par la Securitate, n’a pas mache ses mots. „Le depart de Marius Oprea, a-t-elle lance, est encore une bataille gagnee par les structures de l’ancien regime. ”
Le remplacant du „chasseur de la Securitate”, Vladimir Tismaneanu, est un intellectuel repute proche du pouvoir. Apres avoir publie un livre d’entretiens avec l’ancien president Ion Iliescu, le tres controverse chef de la „revolution” roumaine, il a bascule dans le camp du president actuel.
Un virage politique qui lui vaut aujourd’hui la direction d’un institut qu’il convoitait depuis longtemps. Mais derriere les personnages de cette histoire, la Roumanie retarde encore le moment de tourner la page de son passe.
Mirel Bran
Article paru dans l’edition du 06.03.10

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Le „chasseur de la Securitate” etait trop curieux

La Roumanie a du mal a se defaire de son passe communiste. Le 26 fevrier, son premier ministre, Emil Boc, a signe la destitution de l’historien Marius Oprea, directeur de l’Institut d’investigations des crimes du communisme.
Surnomme „le chasseur de la Securitate”, M. Oprea, 46 ans, avait fonde cette institution en 2005 en s’inspirant du Centre Simon-Wiesenthal, qui traque les nazis responsables de crimes contre l’humanite. „Les juifs m’ont convaincu que le seul moyen de combattre les atrocites communistes etait l’action, a-t-il declare. Je suis alle voir les procureurs pour qu’ils poursuivent les anciens tortionnaires. Ils m’ont dit : „Le bla-bla sur le communisme ne nous interesse pas, nous ne pouvons rien faire s’il n’y a pas de cadavres.” Alors je leur ai donne des cadavres.”
Avec une equipe de jeunes archeologues, le „chasseur de la Securitate” a sillonne le pays pour exhumer les depouilles des Roumains executes par la police politique du regime. Selon son enquete, elle aurait assassine environ 10 000 Roumains, dont les familles attendent toujours que justice soit faite.
Le communisme condamne
Marius Oprea avait cru avoir trouve un allie en 2006 lorsque le chef de l’Etat, le president Traian Basescu, avait condamne le communisme devant le Parlement. Mais le discours obeissait seulement a des objectifs electoralistes. Depuis, M. Basescu a obtenu un nouveau mandat presidentiel, et la condamnation officielle de la dictature semble n’avoir ete qu’une operation d’image.
Les autorites ont decide de se debarrasser d’un homme independant comme Marius Oprea et d’empecher son institut d’enqueter et de saisir les institutions penales. „Je savais que je genais et je m’attendais a etre destitue, affirme M. Oprea. Le vrai probleme n’est pas ma personne, mais le fait que l’institut ne peut plus mener d’enquetes. ”
La societe civile roumaine a critique la decision du gouvernement qui a aussi fait des vagues a l’etranger. La romanciere allemande d’origine roumaine, Herta Muller, Prix Nobel de litterature en 2009, qui fut elle-meme harcelee par la Securitate, n’a pas mache ses mots. „Le depart de Marius Oprea, a-t-elle lance, est encore une bataille gagnee par les structures de l’ancien regime. ”
Le remplacant du „chasseur de la Securitate”, Vladimir Tismaneanu, est un intellectuel repute proche du pouvoir. Apres avoir publie un livre d’entretiens avec l’ancien president Ion Iliescu, le tres controverse chef de la „revolution” roumaine, il a bascule dans le camp du president actuel.
Un virage politique qui lui vaut aujourd’hui la direction d’un institut qu’il convoitait depuis longtemps. Mais derriere les personnages de cette histoire, la Roumanie retarde encore le moment de tourner la page de son passe.
Mirel Bran
Article paru dans l’edition du 06.03.10

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Postat de pe data de 28 feb., 2010 in categoria România în lume. Poti urmari comentariile acestui articol prin RSS 2.0. Acest articol a fost vizualizat de 92 ori.

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